Je me couche en pensant à ces nouvelles routines, ce nouveau familier. Il y a l'odeur du feu que je sens du lit, que j'adore, cette présence qu'on n'imaginait pas nous manquer avant qu'on la fasse entrer dans nos vies. J'ai un livre qui parle de nuits de neige entre les mains en ce moment, et je me raconte que ça doit être drôlement bénéfique de se reconnecter à quelque ancêtre qui s'est réchauffé face au feu lui aussi un jour... aussi fantasque cette idée soit-elle, il y a du vrai, et pas très loin au dessus de moi, dans la grange où mon papi est né c'était bien la seule lumière, ces flammes. Maintenant quand je rentre de mes trois petits jours de travail il fait jour, alors je file dans le jardin avec les enfants. Enfin file... en rigolant je lui dis tu as vu comme entre le moment où on dit "on fait ça" et le moment où ça arrive il y a 20 minutes? C'est que c'est pas facile à passer dans les manches de manteaux, ces pattes dodues. Et qu'une envie de pomme ou de biscuit, ou d'un verre de lait, pourrait bien s'y glisser... Mais on y arrive toujours, et j'ai bientôt ma cisaille ou mon râteau dans la main, et la tête dans les branchouilles. Ça chauffe les bras, comme compagnons il n'y a que les oiseaux -pleins de différents-, les vroumvroums des engins des enfants, et le bruit des branches et des feuilles que j'organise et je me dis très clairement c'est ça qui va me sauver. J'ai l'impression d'être exactement là où il fallait que je sois, ces mouvements que je fais et qui n'étaient pas dans mon corps jusqu'il y a peu, je sens comme leur manque -à nouveau- dont je n'avais pas conscience, créait un dysfonctionnement. Le mot est un poil fort, mais disons bancalité au moins. Je reviens du compost et parcours tout le jardin avec un sourire qu'on dirait béat, car je me sens si heureuse que cet endroit nous accueille, et pour toujours si on le veut. C'est en ça que se construit l'envie d'avoir mon bureau ici, c'est dur de quitter cet endroit, presque aussi dur que d'entendre Odilon m'appeler derrière la porte quand ça arrive, petit chat serré. 

Lors d'un petit trou je choisis un papier d'un très beau vert. Je fais un brouillon, mais je ne rature rien, j'écris une lettre d'amour et je sais ce que je veux y mettre. Je recopie au feutre doré, et au dos je dessine une montagne de profiteroles, parce qu'on adore ça, qu'on a fêté la surprise-Odilon comme ça, et que j'en ai envie, de guetter les boules se former dans le four, c'est un peu magique. Ce matin j'en ai mangé deux avec de la confiture de citron, c'était drôlement bon. J'ai trouvé son mot en réponse au mien, sur le buffet, et l'ai pris pour l'accrocher dans mon coin réconfort dans mon étagère à thés au bureau. A côté, ils coulaient la dalle de béton et j'espérais que les petits loirs en haut se lèvent assez tôt pour voir ce joyeux spectacle. 

Les caresses dans le dos du moment c'est savoir qu'on présentera Odilon à ma grand-mère en avril, avec ces quelques jours à la mer. C'est la pile de livres qui donnent envie d'avancer l'heure du coucher tant ils sont de bons compagnons, les livres d'auto-bonheur (sic!) sont un peu remisés au profit d'histoires qui m'emmènent loin, miam. La semaine prochaine, c'est un peu les vacances. Il y a des tartes à la ricotta et au chocolat de prévues, et aussi des sablés à l'orange, parce qu'on aura de joyeuses visites. J'ai des envies de quilt et je crois que ce serait un doux projet qui pourrait m'accompagner jusqu'à l'été... 

#6



Petits chatons des bois... ou du jardin au moins! 

Pendant qu'ils faisaient des concours de vitesse camion/draisienne (et s'arrosaient avec le robinet extérieur HUM) j'ai fait mes premiers semis, en sautillant d'excitation ou presque. Courges dont les graines séchaient dans la cuisine depuis un moment, radis, concombre, tomates cerises, coriandre... c'est derrière la fenêtre et maintenant je n'ai plus qu'à guetter. Après c'était le temps d'avancer sur la 1ère manche de mon pull, pas follement excitant mais ça devrait aller vite avec mes bras de manchotte, avec les scones qui restaient du petit déjeuner, et les raleries de François face au rugby. 20h01 ça ronflotait déjà en haut, en haut c'était pizza et amaretto, et re-manche. Les bilans pas rigolos de demain ont l'air drôlement loin. Le dimanche qui sonne presque vacances, en somme! 



Samedi matin pré-travail dans lequel je m'autorise un rang de tricot, pas très raisonnable mais le thé est trop chaud et à la radio ce qu'ils racontent m'intéresse. Ces rangs de dentelle sont  plutôt du genre hypnotique, et la couleur de la laine façon miel chaud incite à ne pas le lâcher.  J'oublie de regarder le menu du soir en partant et dans la voiture je regrette, c'est une des petites pensées-doudou à emmener avec moi pourtant, aussi infime puisse-t'elle paraître. Peut-être soupe et cheddar scones? Mais ça c'est pas demain plutôt? Dans le four pour eux -mais j'espère qu'il en restera quand même quand je rentrerai!- il y a une tarte aux pommes, des golden poussées pas loin dont je garde les pépins comme des trésors. Je les ai rapées, et j'y ai ajouté de la poudre d'amandes, les épices qu'on préfère, du citron et surtout des noisettes*du*jardin, que ça me rend tellement heureuse de dire ça. 

J'avais rendez-vous avec le yoga pour la première fois cette semaine et quand je suis rentrée dans la pièce c'est comme si j'avais déjà cette douce et chaude odeur en tête. Il y avait un monsieur barbu, très souple, un poêle qui aurait appelé un chat et une couverture. J'ai très vite eu les joues rouges, de corps qui marche et de plaisir d'être là, de ce temps uniquement voué à me faire du bien. Il y a eu ce moment merveilleux sous mon plaid d'écosse, à méditer accompagnée par la voix du barbu, claire et dense. J'avais bu beaucoup trop de thé avant de venir (à la noisette, ceci explique cela) et du coup j'ai testé les toilettes -sèches- avec curiosité. C'était dans un grenier dans lequel des grandes tables étaient recouvertes d'herbes et de fleurs qui séchaient, l'odeur de nuit et d'un peu de mystère était là aussi.

Il y eu une journée brouillard, nuit d'avant un peu trop hantée et malgré la valériane et ma plus jolie robe j'étais grise un peu, je crois. Quand je suis rentrée de ma matinée-sérieuse les gars étaient au boulot dans le futur cabinet. Je me suis dit mince j'ai pas préparé de cookies. Pendant que les garçons jouaient avec le ciment frais (sic), on a discuté de l'aménagement de ce grand rectangle là. Eux, ils étaient pas trop partants pour cette idée de toilettes sèches qui a commencé à germer dans mon esprit, conquise que j'ai été. Vous vous voyez vraiment vider le seau? Non, non, moi je vous mets quand même le tuyau (comprendre pour de vraies toilettes), le temps que vous réfléchissiez... On a fait plein de traits au sol, et j'espérais ne pas avoir l'air chiante mais on a un peu tâtonné pour caser tout ça, moi je ne suis pas bonne pour imaginer des pièces alors qu'au sol c'est encore de la terre battue. Mais en me couchant j'ai pensé aux fauteuils dans lesquels les discussions seront sûrement plus faciles, à mon coin bouilloire et aux plantes qui seraient bien heureuses derrière la fenêtre. Et aussi à ce que je pourrai leur cuisiner lundi, quand ils reviendront, pour me "rattraper"...