#12






Heure d'été, oh oui! 


En rentrant de l'escapade, sur la route, personne ne vendait encore de mirabelles mais on aurait presque pu y croire, après cette fenêtre sur l'été. Sur cette plage les enfants guettent les autres, vont piquer un ballon, les lancers de caillou dans l'eau dans un grand bruit qui pétille fascinent Pépin. Je repense à cet article qui écrit qu'aujourd'hui une grande majorité des parents se repose sur l'école quant à la socialisation de leurs enfants, à tord car l'auteur écrit que la famille est la « première cellule de la société », à vocation éducative "dans un sens fondamental". On nous dit ok, mais pour la socialisation c'est quand même importantJe dis souvent que la socialisation, ça n'est pas mettre les enfants côte à côte... Alors là bas, les pieds frottant le sable, je pense à ce qui se dessine pour les garçons comme vie d'écoliers, sans la vraie école, et je pense à ces moments ici et aux rencontres qu'ils ne manqueront pas de nourrir... Petits créateurs de société, partout. 

Le soleil d'accord, mais il est malgré tout encore temps de faire une apple pie en fin d'après-midi, avec beaucoup de cannelle et un peu de sucre de coco sur les pommes. Les garçons mangent alors qu'il fait jour, ça permet de guetter les oiseaux un peu plus longtemps. Les lasagnes aux céleris, aux poireaux et aux champignons leur plaisent. Une petite voiture finit dans la compote. Odilon a encore une mèche collée par de la cancoillotte, malgré le bain. Il prend un long bain, pendant ce temps là je cherche des nouvelles de ma binôme de régime (sic!!!), mais elle ne répond pas alors je me sens un peu seule. Instagram est plutôt du genre à faire grandir cette sensation, alors non. Heureusement à la radio c'est la lecture d'un scénario d'une histoire aigre-douce assez hypnotique. L'histoire se mêle à la mienne, sans que ça me fasse monter les larmes. 

On devrait manger non? Demain il était prévu que je commence à peindre notre chambre. J'aimerais planter de la moutarde. Nous aussi on goûtera les lasagnes, et il reste du pain pour le petit-déjeuner. Au moins la sous-couche, j'espère.
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La moitié des fraisiers a été plantée, puis la pluie nous a empêché de remettre un pied dehors pendant quelques jours. J'ai quémandé des feux et regardé d'un oeil qui réclamait la suite ma rhubarbe en pot. On y a plongé des chamallows, si bons qu'on remarquait à peine que ça nous brûlait les doigts. Quand je suis retournée à mes plantations ça s'est transformé en immense partie de déracinage, pour dire au revoir à ces buis. J'ai pensé aux gens qui avaient planté ça, il y a très très longtemps au vue de la taille des racines, et je leur ai dit pardon tout bas. Après quelques heures d'effort de la rhubarbe s'est installée à la place des branches pas très chaleureuses, nos mains sentaient déjà la compote et les tartes. 

Un dimanche des petites filles viennent à la maison et ce petit monde explose d'aborabilité. Ils prononcent des mots qu'on voudrait tous inscrire dans un cahier pour ne pas oublier. Mais la joie qu'ils procurent à l'instant où ils sont prononcés pourrait s'avérer suffisante, et même si on les oubliera peut-être ils nous feront longtemps l'effet d'un léger souffle moelleux sur la nuque. Avec les parents on festoie comme un dimanche, on se raconte les soirées de folie couchés à 21h. Grâce à la mandoline le fenouil du gratin d'aubergines est tout confit, et le houmous aux carottes rôties fait vite disparaître le pain d'épeautre. Les cookies, à la carotte eux aussi, et au sirop d'érable, disparaissent peu à peu dans l'après-midi et même celle qui dit ne pas aimer les carottes en attrape de ses petites mains. 

Un soir il faut en vitesse faire des gâteaux pour dire au revoir aux messieurs qui transforment la maison d'à côté-futur bureau. Moelleux et épicés, il ne font pas trop Noël? L'après midi j'ai eu une heure de pure oisiveté, alors que ma voiture subissait le contrôle technique qui aurait du être fait il y a quelques mois déjà. Dans cette toute petite ville de l'autre côté de la colline j'ai de toutes petites habitudes... les oeufs qu'une ferme tout près dépose chez la buraliste, 24 s'il vous plaît, les colis chez le cordonnier qui fait un peu café du coin et dont j'aime l'odeur. Avec des magazines que je n'ai pas lus depuis mille ans dans le panier je m'installe dans le salon de thé près du rond-point, pas si vide qu'on pourrait l'imaginer. Un earl grey s'il vous plaît. Sur la soucoupe on loge un macaron au chocolat blanc, que j'hésite à manger pour le ramener à la maison pour les enfants... et puis non. En payant j'ajoute deux sucettes au chocolat en forme de lapin qui auront beaucoup de succès. 

#10




Petits chats dans le jardin regardés par le plus doux des oeil!

Ces mots sonnent parfois comme un éternel recommencement. On passe des temps délicieux en cuisine, on lit des livres qui façonnent quatre grands sourires. On met de la musique sur laquelle ils trouvent toujours une façon de danser, même si c'est Souchon qui susurre des choses. S'ajoutent maintenant à ces plaisirs les temps dans le jardin, des tulipes y ont trouvé leur place, on guette. On y a mangé un brunch qui n'avait rien à enlever au Soya (si, si, presque!). A l'envers on repeint la cabane d'Alice et son lapin dehors, d'un vert que j'aurais plutôt appelé amande que Provence, quand la chambre dedans trainasse. Pressée et pas si pressée, la dame qui n'avait jamais dormi séparée d'une cloison de ses bébés-grands. 

Il est question de mots qui se poseraient puis seraient jetés au feu, histoire de libérer les épaules et le coeur. C'est que mes rêves ne donnent pas envie de se mettre au lit, derrière les fagots ça gigote encore, quelques soient les couvercles que j'essaie d'apprivoiser. La nuit il se lève, je sens le froid dans le lit, je fronce un peu les sourcils mais pas assez pour quitter les rêves chauves-souris et chercher à défroisser les siens. Parfois c'est moi qui ait la chance de voir comme la nuit est claire ici, je m'assomme avec du Christophe André qui me dit que sisi je peux y arriver, puis mes norvégiens pas encore finis, et presque cette 2ème chaussette à commencer (pourquoi as-t'on 2 pieds bon sang?), mais les yeux ne sont quand même pas assez ouverts pour que je descende les escaliers. 

Autour de la table je raconte Anselme et Sissi, c'est gai qu'ils prennent vie comme ça. Je m'auto-moque de mes idolâtries d'adolescente, ils rient, n'empêche c'est drôlement bon ces tomates rôties, ce quinoa aux abricots et au concombre, et sûrement ce brownie cru aussi, qui n'attend qu'un peu de courage pour éplucher toutes ces noisettes. Lundi j'ai 30 ans et je m'en fiche mais pas trop. Le soir un dîner de boulot dans une pizzeria glauque est prévu, alors j'espère que la journée m'offrira la pousse de quelques graines semées et des cous chauds et moelleux dans lesquelles enfoncer mon nez!