43/52












Les champs et les prés sont blancs, et ça faisait déjà plusieurs matins qu'il me fallait gratter la voiture. Plus tôt, toute seule à la table, je m'étais réjouie de manger ma tartine (beurre demi-sel et groseilles) en voyant le jardin plus autant sous la nuit que les jours précédents. L'imper à fleurs était remonté et j'avais descendu mon duffle coat en échange. Plus tard depuis le cabinet où le chauffage est en panne je l'appelle pour le supplier de venir me déposer un radiateur en bonus, c'est vraiment une torture ces journées chair de poule qui passent d'autant plus lentement. J'y gagne un pain au chocolat et l'attention fera glisser plus vite les heures un peu trop pleines. Je signe quelque jours plus tard pour un bonus ni très raisonnable ni très essentiel dans la future salle d'attente, avec une grande joie. J'ai envie que les gens soient heureux de venir! J'en serai presque à compter les heures tant j'ai hâte, sur les petits papiers on décide du sens du carrelage, et le canapé, il tiendra là? 

Autour de la table, des cartes et des tasses tout éparpillées, je me demande à haute voix ce qui serait pénible dans leur vie. Je suis contente d'avoir à lui demander, lui, s'il trouve quelque grain de sable dans leurs vies? A 1ère vue non, pas d'évènement récurrent qui fait râler, et c'est quand même bien joyeux de se dire que le quotidien ne râpe pas. Plus haut, dans la vie de grand je peux trouver plus facilement, c'est l'usure peut-être? Pas déjà si? J'aimerais leur dire qu'il n'est pas obligé qu'il en soit ainsi pour eux. Les grincements de dents, de nuit yeux ouverts ou d'empathie moins moelleuse au travail en ce moment. La douceur en échange c'est les livres de recettes qu'on regarde au lit le soir lui et moi et les bains à la pistache. On se dit qu'on aura toutes les branches qu'il nous faudrait pour le calendrier de l'avent dans le jardin, j'ai hâte de ressortir les emporte pièces. 

Je nous fabrique une potion magique délicieuse, elle rejoint les baguettes, le beurre et les sacs en papier qui causent très doux moments et petits doigts qui collent. Je suis heureuse de ces matins où tout est confortable, des mots jusqu'aux tartines qu'elles soient grillées ou pas, au Nutella surmontées de confiture au citron comme dans l'assiette d'Odilon qui n'est pas à une gourmandise près...  Les matins qui suivent sont plus solitaires mais aussi potionnés, trop contente de ma trouvaille et de son goût encourageant et réconfortant à la fois. J'y retrouve le gynécée plein de mots et de câlins d'enfants. Je rentrerai plus tôt qu'eux (rarissime!) et je ferai le chou rouge au bacon et aux pommes dont j'ai la recette en tête. On parle gaufres par messages, on a été reçu chez des copains avec une version à la citrouille, il me rappelle mes "envies cracra" précédentes, les gaufres toutes rectangulaires au "fromage" (sic), dans une presque autre vie. Ils se moquent de moi quand je raconte mes fantasmes de chicorée et de yaourts après chaque repas, de tartines de margarine. Mais si vous savez, ce côté rassurant! Comme des souvenirs d'enfance trafiqués. 
EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

#42








C'était son anniversaire et j'avais réclamé Etretat. On avait un peu besoin d'une pause à 4, dans les cinq jours montagne-russes. Et il faisait beau, et on avait faim. Sur la route on a dit quelque chose comme on est bon en excursion nous non? qui racontait comme on avait du plaisir à être sur la route, à guetter les bas côtés et les maisons dans lesquelles on peut imaginer de drôles ou de jolies vies. On s'est demandé quels goûts auraient ces paysages à Noël, sans être sûrs de s'y projeter vraiment. Il est tard mais pas encore assez pour ne pas avoir envie de moules, et même d'une soupe de poisson, non? Odilon mange la rouille avec les doigts et le pain est si bon qu'on oublie de le tremper dans nos bols. On n'a plus trop de place pour les moules mais leur odeur de cidre est bien tentante malgré tout. C'est son anniversaire et il n'a toujours pas décidé de son gâteau. Je vote pour une tarte tatin, c'est trop le pays du caramel pour ne pas en avoir envie. De la crème fraîche aussi, tiens. On partage une grande maison devant laquelle je ramasse un énorme sac de châtaigne, aidée des garçons. Les germées sont mises de côté pour la maison, même si on m'a dit que les châtaigniers, par chez nous... 

J'étais à Lille un peu avant, sous la pluie, chaussée de mes bottines préférées qui glissent. Je m'ennuie un peu à la formation pour laquelle je suis là, ou plutôt je suis un peu ennuyée de ne pas partager les raisons qui nous y amènent avec les autres. Puis la salle est trop petite, et les jeux de rôle trop nombreux me font un peu plisser le nez. Le midi je file aux bonnes adresses que j'ai repérées. Je suis invitée au restaurant et ça flatte la mamie à qui ça n'est pas arrivé depuis longtemps que je suis. Je glane une tarte à la raclette et aux patates douces à manger dans ma chambre le soir, des Christmas issues de magazines britanniques sur les genoux.  C'est agréable mais un peu mélancolique ces beaux pavés brillants, j'ai mal aux mains de porter tout ces sacs et un peu trop mangé je crois. La suite des montagnes russes c'était un gros trajet en train pour les rejoindre, sans trop me forcer ça aurait pu sonner comme une grosse pause tricot. Mais les gens étaient trop nombreux, la barre sur laquelle je me suis cognée la tête deux fois trop dure et les toilettes trop fermées. 

Toute la grande journée bureautée j'ai envie de soupe. Le froid de mes mains appelle un bol à tenir comme un totem. Je sais qu'une sucrine et un butternut attendent sur le plan de travail, et peut-être que les trois petits poivrons auront rougi. J'entends mon tricot sur les genoux les gens s'expriment avant de penser, les mots sont spontanés mais pas pensés, évoquant la différence entre un livre et ce qu'on peut jeter comme mots par ici ou là bas. L'autre moitié de la butternut devient une tarte, je malaxe la pâte avec sa cuillère à soupe de vinaigre de cidre pendant qu'ils travaillent autour des grandes lettres rugueuses. D'un coup ils ont remarqué qu'elles étaient partout, les lettres, et il n'y a plus que ça qui compte. C'est mercredi! qu'ils disent en pointant un doigt enthousiaste, voulant dire qu'il y a écrit quelque chose. On suit les envies, sempiternel crédo. Les envies de beige et de rose poudré, moi qui était si vert, bleu et jaune. De famille et de retrouvailles. Les petits matins stollen et thé noir à la fleur de sel, assez bon pour effriter mes bonnes résolutions tisanières, encore des bonheurs de doigts qui se réchauffent, je me dis aussi qu'il faudrait quand même que j'apprenne à faire du feu dans le poêle. Mais c'est un peu le même plaisir que de se faire inviter au restaurant, de se faire proposer un beau grand feu. 

#41



















Je rentre et on me saute dessus, on est allé dans le chemin! Ils ont trouvé le menhir dont on était parti à la recherche pendant une grande promenade aux feuilles qui craquent il y a quelques temps. Ils se sont perdus, un peu, mais ils l'ont trouvé! Vite la tisane, et avant que je me demande si c'est bien le moment ou pas j'y trempe un pain au chocolat rescapé de leur petit déjeuner de fête. Rha, gouttelettes de panique de ça y est je sais pas faire je vais tout gâcher. Si je prends du recul, je ne vais pourtant pas tomber de la falaise? Fatum et compagnie, c'est comme décider d'avoir le droit de n'être pas une cruche en jardinage, ce dont j'ai pris conscience les mains dans la terre il n'y a pas longtemps. C'est dur de faire vivre les gens par leurs bonnes ondes seulement. Surtout ceux de la trempe un peu bancal!

Un couinement, ou deux peut-être quand même, et j'ouvre les yeux. Il fait nuit mais l'éclairage est allumé, ça veut dire tôt mais pas trop pour qu'il faut que je travaille à me rendormir. Je vais pouvoir faire les crêpes avant que tout le monde se lève, et peut-être même mettre les confitures et faire une jolie table. Debout avec ma tasse je rédige la listette qui m'empêchera de trop froncer les sourcils, ma tête étant toujours un peu froissée ces jours-ci. La cuisine a encore l'odeur de la soupe de sucrine et d'aubergines et de la salade de lentilles, corail cette fois ci, étant rentrée tard et affamée, aux raisins, cranberries et oignons rouges, ma préférée. On en mangera les restes avec des tartines et du pain aux graines en rentrant du poney tout à l'heure, avant de faire la cérémonie d'Odilon, ressortir les arbres des saisons et le soleil. 

J'adore ces soirées en ce moment, alors que ma tante est là. On en oublie même de mettre de la musique. Ça sent le sherry, smells like Christmas!, Belinda casse des noisettes avec le presse-ail, elles sont brillantes et juteuses mais c'est si long qu'on se retient tous d'en grappiller dans le bol. Le beurre et la casserole de chocolat fondent sur le poêle, pendant que je mesure le cacao et que les raisins ont bien gonflé. Ils ont fait les muffins aux carottes et aux baies, je crois bien qu'on sera prêt. On fait les cartes, pour l'arrivée et chaque année d'Odilon, en se creusant la tête pour choisir les photos et les mots qui le racontent le mieux selon les mois. 

Il faut qu'on mange cette moitié de potiron avant de partir, sûrement au four avec du paprika et du sirop d'érable. J'ai deux jours presque seule à Lille pour une formation, puis je les rejoins en Bretagne, puis nous filons voir ma grand-mère, le lendemain nous rentrons, pas trop tard j'espère, car le jour suivant j'ai une énorme journée au cabinet sans pause... Pour l'instant cette pile de plaisirs me durcit un peu les mâchoires de fatigue à l'avance, mais une fois dans le tourbillon je crois que j'y trouverai beaucoup de bons moments. Et si je me laisse un peu faire j'y glanerai peut-être même un brin de repos, qui sait! 

(ps: l'appareil photo revient prochainement de sa cure thermale réparatrice, des vraies photos bientôt ouf!)