Le soir on entend des petits pas... un petit monsieur a envie qu'on lui court après, quand nous c'est plutôt les mailles, le rangement de la folie de la journée, un thé-carotte voire un verre d'amaretto qui nous fait rêver. On tâtonne, on se râle dessus l'un l'autre, c'est dur de faire équipe, un peu. Les soirées sont rétrécies et dedans il faut y caser les cadeaux de Noël sur aiguilles, les compte-rendus à rédiger, et la soupe à réchauffer. Moi j'aurai envie d'être au lit avec ce livre qui me permettrait d'avoir les yeux plus grand ouverts sur ce Pépin aux jambes qui ne veulent plus s'arrêter. Ce soir il sentira l'huile de coco après un massage à l'huile de magnésium, tâtonner, tâtonner et en même temps rester constante... ça me donne l'impression de sauter à cloche pieds et je m'endors parfois-souvent l'oreiller mouillé de doutes. 

Ces petites jambes anti-dodo sont quand même chouettes quand il s'agit de crapahuter en Alsace, de pointer chaque vélo qui passe (et il y en a!) ou chaque sapin. Odilon est en koala et réclame du jus de pomme chaud au épices... ce qui est de son corps ou du mien, dans la chaleur on ne sait plus trop, et évidemment c'est délicieux. Petites contenteries partout, à collectionner, ma voisine de formation qui me raconte qu'elle n'a pas toujours été cette femme libre que je lui dis voir, tu verras, toi aussi... Les mailles roses que j'emporte partout et qui, c'est sur!, seront terminées pour Noël et partiront outre-manche. Pour ma grand-mère, je crois que ce sera un nounours à l'air rétro comme il faut, dans cette laine qui me fait penser à de la glace aux marrons... A-t'on besoin d'autre chose quand on a un si long chemin derrière soi et la mémoire qui s'est semée entre temps.

Je réclame un feu à peine rentrée. Les cartons de décorations de Noël sont sortis, mais peu compatibles avec l'enduit ou les peintures à faire... je crois que ce sera pour les vacances, c'est une carotte pour avancer (en plus d'avoir vraiment envie de vivre dans une maison pas en carton...). Il y a le thé à la noisette et les chants de Noël (du plus chic au plus culcul!) et les "kilos" (mais à force on pourra enlever les guillemets!) de stollen. Scrupuleusement les petites cases s'ouvrent. La mienne, de ce calendrier pleins de thés qui vient d'Angleterre mais a un peu trop de thés pas douillets à mon goût, toute seule le matin, plus ou moins embrumée et au son des chouettes qui se racontent le jour qui arrive. Et les leurs, drôlement gai, les morceaux que Pépin partage avec nous ou Odilon, pour le plaisir de dire "tiens!" et se régaler de notre enthousiaste "merci!". Délices, quoi.
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On a presque écouté le dicton et planté les trois fruitiers qui attendaient dans leur pot à temps... et en effet le lendemain matin le jardin était tout blanc de gel! Un pommier (des "pippin" je sais plus quoi, dont les pépins font du bruit quand on les secoue, on ne pouvait pas résister), un cerisier et un mirabellier (évidemment, vu où nous sommes!). Et maintenant guetter, guetter, guetter? Le printemps a des chances d'être gai... Quelques heures au jardin, à observer les vers de terre que l'on dérangeait en creusant, marcher derrière le chariot (sous les applaudissements!) et inspecter les brins d'herbe. De l'air pour se guérir un peu le coeur des moments-dragon ces derniers jours, le vivre ensemble s'écrit tous les jours, mais il nous manque parfois les mots... (heureusement le tricot est rose et les chocolats de Noël déjà dans l'armoire...!)

Un monsieur est venu et est monté sur le toit, même que l'échelle bougeait drôlement. Je suis allée me cacher à l'intérieur pour faire un café à tout ces hommes là. Quelques heures et bipbipbip plus tard on avait enfin un téléphone fixe et internet dans ce qui devient d'autant plus une maison, du coup. J'ai fêté ça avec un long coup de fil à ma grand-mère et la photo de mes nouvelles lunettes aux copines... On est allé s'inscrire sur ce site des fermiers du coin qui propose un drive une fois par semaine, pas loin, cherché la tête de cet animateur qu'on aime bien, et moi commandé ce livre en français de Jamie pour une amie (je fais du prosélytisme). 

On a fait une marmite de pâtes volantées, comme si on était une grosse famille. Dedans on a mis une fin de boursin et de la sauce au wasabi, celle qui fait faire des grimaces mignonnes mais aussi se lécher les doigts. Pépin a réclamé son lit mais a quand même repris du crumble, et après quelques baisers et aller-retour en haut la maison était tout calme. C'est a cette heure quotidienne et rare qu'on remarque ses bruits à elle, qu'on entend à nouveau le chien ronfloter-respirer, mes aiguilles cliqueter. Depuis hier je tricote une laine fuchsia pour un châle de noël, ça n'est pas agréable ces tricots date-butoir, mais les motifs qui se dessinent si, donc... 

Ma mamie s'est moquée de moi quand je me suis plainte de mes lessives quotidiennes. Elle me raconte ses 3 filles pas propres en même temps, sa lessiveuse à la main, et mon papi qui prône le repassage des couches pour les stériliser... Elle me raconte la bouteille de champagne qu'elle a ouverte pour la défaite de Sarkozy et moi notre inscription sur les listes électorales ici, sans grand enthousiasme. Il faut que je rattrape ces mois dans notre grotte un peu coupés du monde, et à peine raccroché j'avais envie de la rappeler pour lui raconter Pépin et le pot et les grues dans le jardin. La confiture de tomates vertes à l'orange et au citron, aussi. 

Et à nouveau penser à haute voix ici quand ça me chante, je suis contente!
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