Nuit(s)



Jeudi soir c'était de celles qui n'en finissent, quand on sait que chaque instant nous rapproche du sommet du pas agréable qui arrivera, fatalement. J'ai pensé aux nuit d'avant les concours, à celles qui ont précédé les cérémonies des au-revoir, à la veille de ma soutenance, à toutes celles qui m'ont entendues penser "demain ça y est je le quitte!", même si le lendemain la peur me faisait souvent mentir. Jeudi soir, alors, je pensais "c'est la dernière fois que ce garçon me donne mal au ventre". 

Et puis vient toujours la douceur de la nuit d'après. L'apaisement-soulagement des choses pas faciles mais qui ne tuent pas. Vendredi soir, courbatus d'avoir porté ces meubles, ces meubles que mes parents ont chiné ensemble, d'autres sur lesquels à la craie est inscrit le nom de jeune fille de mon arrière-grand -mère, émue d'avoir retrouvé mes peluches et ma maison belle époque playmobil, les passeports de mes parents, l'argenterie, les vases, et toutes ces choses qu'ils ont choisies, aimées, qui sont les témoins du fait qu'ils ont été là, des traces tangibles d'eux. Et les livres, les dizaines de cartons de livres griffonnés, signés, comme des carnets intimes presque. Le sentiment de justice un peu, tellement nécessaire face à cet homme qui me niait des pieds à la tête.

Oui je l'ai quitté, parce qu'il était de ceux pour qui c'était "lui ou moi", mais non il n'avait pas le droit de me spolier de mon héritage, que ce soit lui qui vive avec cette histoire là sous les yeux. Et encore moins maintenant. Ça a été écrit noir sur blanc après de longs (et coûteux de mon côté, avocat oblige) échanges de courriers, parce qu'ils tergiversaient, demandaient des sous (sic) pour avoir fait office de garde-meuble et comme "dédommagement" (double sic), lui et sa mère ont été obligés de revenir à la raison que je leur avais fait perdre. Hier je suis allée rechercher mes affaires, et j'ai à présent l'autorisation d'oublier cette fille vulnérable qu'il a voulu faire de moi. Il a claqué la porte quand on a eu fini de déménager les affaires, et moi j'ai entendu un tonitruant clap de fin. 

Plat-du-jour


Aujourd'hui on part en France, alors on a mis le réveil. Je me suis levée, j'ai enfilé ma robe-de-chambre-armure, caressé le chien. C'était un de ces matins où le verre d'eau gazeuse précède le thé. J'ai lancé le lave-vaisselle, en me disant je lance un lave-vaisselle au réveil, dans quelle galaxie suis-je? Mais bon, cela fut fait. 
Après j'ai coupé un bout du gâteau breton à la framboise qu'on a ramené de Bretagne. Tous les matins, enfin depuis deux matins, je pense le terminer, et en fait il en reste toujours, c'est le gâteau sans fin. En même temps c'est hyper coriace ces gâteaux là. 

Aujourd'hui on part en France et quand on rentrera je serai un peu neuve je crois. Lavée tout du moins, et je me sentirai un peu moins mauvaise fille. Enfin j'espère. Ce sera pas rigolo, parce que je vais me prendre une bonne bourrasque de passé dans la tête, à recroiser ce passé pas si loin qui me souffle à l'oreille que je n'ai pas toujours été très forte. Mais je vais récupérer un bout de mon histoire, aussi. 

Puis il y aura une fête, des retrouvailles avec les amis et les chats des amis, un petit tour chez Monop, l'ouverture des colis arrivés en France, parce qu'ici ils ne livrent pas toujours. J'ai l'impression que maintenant qu'on habite ici, les retours auront toujours un goût de Noël, un peu. Des bras, des bonnes odeurs, et des cadeaux. 

Respiration après respiration


Normalement je n'aime pas trop les scones, je trouve ça un peu sec, mais ceux-ci, au potiron et à l'orange sont drôlement bons. C'est le retour des après-midi à britisher devant Downton qui m'a inspirée, et sûrement le mail de la famille de là-bas, d'outre-manche, qui dit qu'elle prendrait bien notre petite carte envoyée aux amis qui dit "venez nous voir à Bruxelles" au mot. 

Tant mieux, je crois qu'il n'est jamais trop tard pour avoir envie de tirer sur les petits fils qui dépassent. Moi ce qui me fait peur et ce qui fait que si je me laisse aller j'en veux aux gens de leur silence -et surtout à mes gens, enfin ceux qui partagent un bout d'histoire-, c'est que je crois que le plus gros drame quand on devient orphelin c'est qu'on est tout à coup drôlement plus anonyme. On fait un pas de plus vers l'insignifiance. Que les personnes pour qui j'avais cette place toute spéciale ne soient plus là, ça me rend un peu transparente... même si oui, lui et quelques autres, je sais. 

C'est tellement précieux du coup les gens qui me renvoient que j'existe quand même un peu, malgré les casseroles qui commencent à faire beaucoup de bruit derrière moi. Que j'existe et que ÇA existe aussi, que ce drame, et cet autre pas longtemps avant aient aussi une place, je crois que c'est drôlement important aussi. Les gens qui autorisent ça ne me forcent pas à enfiler un costume qui finit toujours par me gratter, à avoir à faire attention à ce que je dis alors que je passe déjà beaucoup de temps à essayer de ne pas pleurer et que ça fatigue pas mal. 

Le travail du deuil, un travail à temps si plein, si fatiguant, et si peu reconnu. 


L'automne, aujourd'hui pour de vrai, à 20h44 précisément me dit mon livre "Vivre à la campagne, 373 secrets et astuces". Je viens certes de m'installer à Bruxelles, mais je me renseigne pour plus tard on ne sait jamais. Et ça peut toujours être utile de savoir dépecer un lapin.

L'automne, le nez qui coule et la gorge-oursin ce matin au réveil. Je crois que c'est ces histoires de s'accointer avec des anglais insensibles au froid cette nuit. L'automne et la collection de courges dont on fait des soupes bien sûr, des risottos à l'épeautre, des gratins (aux pépins de courges que j'ai fait sécher et griller, après m'être résolue à ne pas essayer de faire pousser des courges dans le petit jardin, l'apprentissage de la sagesse ou le travail de toute une vie)... Mais aussi, d'un air un peu plus sceptique, le sien surtout, ce gâteau pâtisson-chocolat. C'est très très bon, moelleux et douillet comme un châle en mohair et le matin j'en fais des mouillettes à tremper dans le thé. C'est à faire en écoutant les pixies avec un chien qui ronflote dans un coin, pendant qu'il étend la lessive. Enfin c'était le contexte ici. 

J'ai trouvé la recette ici via pinterest, et je l'ai un peu modifiée. J'ai mélangé: 

200gr de pâtisson rapé 
220gr de farine 
140gr de sucre roux
80gr de pépites de chocolat noir
2 oeufs
10cl d'huile de noisette
8cl de lait
1/2 c.à.c de bicarbonate 
de la muscade, de la cannelle et un peu de gingembre (odeur de pain d'épices quand le gâteau cuit garantie)

ps: et Downton Abbey qui recommence ce soir sur à la télé british...uhuh vivement demain! 



Encore un peu de vues des vacances, parce que toute façon ça n'est pas encore la rentrée pour moi. 

J'ai continué à explorer la ville à pieds avec divers objectifs. Parfois c'est la fameuse boîte aux lettres, oui je l'ai trouvée (merci Cécile!), un lieu de rendez-vous pour un thé ou une causerie (cette ville est décidément très amicale et je m'en réjouis!) le marché (encore oui, mes gènes de chat routinier), ou encore le panier de l'amap qui nous a permis de découvrir une arrière court jolie dans une rue moins joli. Mes pieds ont failli me véhiculer jusqu'à la piscine, et puis non. Les histoires de bonnet de bain, tout ca. Mais ça va arriver, si si. 

Sur mon agenda les listes s'enchaînent, des tirets pour le plaisir, d'autres plus rébarbatifs, quand certains ne sont pas carrément redoutés. On peut y lire "mail proprio/ appeler mami/ miroirs (sous-entendu les nettoyer)/ # Inami/ suite cartes/ jardin (sous-entendu balayer les feuilles mortes)." En ce moment j'ai tout ce temps, élastique à souhait, et d'ici quelques semaines je n'en aurai plus du tout. Je trouve que parfois les vases communicants et autres balances de la vie ne sont pas très équilibrés.  

Je voulais me rattraper de ma première séance de ciné ici totalement ratée (une espèce de téléfilm propagande  pour la déprime esthétique, les cabans st James et les malboro, tourné avec instagram. Le premier qui devine ce que c'était gagne un michoko) alors j'avais noté que Hunger passait mercredi. Et puis il a plu. Et il a fait nuit. Et je l'ai trouvé sur internet, ce qui voulait dire qu'on pouvait le regarder au lit après une soupette, le fantasme d'anticipation de la retraite absolu. Mais d'une c'est mal, et j'ai eu un peu honte. Et de deux je crois qu'ici il ne faut pas qu'on s'habitue à décaler ce qu'on a prévu de faire à cause de la pluie/de la nuit qui est tombée trop vite/du vent, parce que sinon nous allons vite devenir un duo d'ermites. Sinon le film était chouette (sur l'histoire de Bobby Sands, pour une fille d'écossais je me suis trouvée plutôt fair play de regarder un film tout plein d'irlandais), le lit douillet, avait même gardé nos chaussettes, über moelleusité, mais après j'ai été super triste. Je ne sais pas si ça avait un rapport, mais il a quand même jugé bon de prévoir que la prochaine fois nous regarderons la soupe au chou. (J'ai peur qu'il change d'avis sur moi si je lui avoue que je ne l'ai jamais vu). 

La liste des bons points belges/bruxellois s'agrandit: on trouve qu'à chaque fois qu'on appelle quelque part pour un renseignement ou autre, les gens sont follement gentils et serviables. Et on attend jamais trois heures et on tombe toujours sur de vrais belges. C'est la française traumatisée des appels à Free/gdf/tout autre service client où tu appelles en fait à l'autre bout du monde avec des gens qui sont obligés de faire semblant de s'appeler Thomas et Julie qui parle. 
On commence à comprendre l'usage de ce "ça va?" qui ponctue souvent le discours des gens ici, et qui définitivement n'attend pas "oui très bien et vous?" comme réponse. Plutôt une espèce acquiescement/accord/consentement. 
On se rend compte aussi qu'on a toujours parlé comme de bons provinciaux en sabots des parisiens pressés qui font la gueule, mais qu'en fait nous aussi on est dressé à faire vite et à avoir l'habitude de se faire râler dessus voire de râler (mais rarement, parce qu'on est des gentils ou presque). Ici on est coooool, on a le droit de discuter avec le vendeur même s'il y a la file jusque dehors, on peut s'y reprendre à dix fois pour faire son créneau (même si on a un mode city dans sa voiture, mais ça ils ne sont pas censés savoir) sans se faire klaxonner. C'est un peu les vacances pour les nerfs tout ça, et n'est-ce pas tout à fait ce qu'il me fallait? Ça donne un air de vacances qui durent à notre périple. 

Maison de paille, de bois ou de briques


Comme pour me convaincre, je repère les choses qui disent tu es chez toi, ici! Je pourrai essayer de les compter, d'en remplir un cahier. Mais ce soir, le cahier inauguré, c'est celui des livres lus. Ça me manque drôlement de ne pas avoir cette trace là de mes parents, et non pas que je compte commencer à anticiper les dons à ma postérité ou à me penser mortelle, faudrait pas déconner , mais quand même, on passe un peu la vie à remplir des mémoires potentielles. 

Les choses, donc. Le bégonia n'a pas profité de nos vacances loin de nos yeux émerveillés pour faner. Le brave petit. Il est d'un rouge corail assez vamp.
J'ai reçu une facture. C'est pas drôle, mais ça compte quand même.
Le marchand de pains fameux m'a reconnue au marché, enfin pas le mien, mais un autre que je testais (de marché) (je me souviens du cours sur la mémoire où l'on disait que l'on se rappelle mieux dans le même contexte que celui de l'apprentissage. Autrement dit il faudrait passer ses examens à la BU ou réviser dans les amphis. Autrement dit il m'a encore plus reconnue que si l'on s'était vu au marché du vendredi). Je soupçonne que ce soient les lunettes qui ont joué l'aide-mémoire, parce qu'il doit en voir des bonnes femmes, du genre trop jeunes pour être appelées ainsi, mais quand même. 
Et c'est tout ce qui me vient à l'esprit. Les yaourts à la crème de marrons dans le frigo? Mais ça c'est plutôt indépendant de Bruxelles. C'est du chez moi déplaçable, un truc que je porte-sur-mon-dos-ma-maisonnette. 

Ça fait encore peu certes. Puis il y a souvent les larmes aux yeux, incongrues à souhait. À la mairie, quand c'est cacophonique, qu'on est renvoyé de bureau en bureau et pour rien. C'est d'un classique je sais, et si je me risquais à une formule élimée je dirai que c'était kafkaïen. Et puis même pas en fait, parce que Kafka c'est l'angoisse, et que là c'était la mélancolie, la tristesse aiguë. J'étais dans cette salle d'attente, avec un numéro entre les doigts, pour la troisième fois de la matinée. Trois numéros trois chances qu'on nous envoie bouler. Et j'avais tellement envie, d'une envie presque dictée par le corps, d'une envie qui fait se lever, trépigner, envie donc d'être dans un bureau coloré, un crayon entre les doigts ou un livre ou encore une poupée, avec quelqu'un en face de moi, en France. Quelqu'un qui me parlerait, ou à qui je chanterai quelque chose, parce qu'on ne pourrait se dire les choses que comme ça. Il y aurait des gens dans une salle d'attente, j'essaierai de ne pas trop regarder l'heure mais j'aurai peur d'être en retard, que ces gens qui m'attendant commencent à pester. Une routine connue, quoi. Avoir une raison d'être quelque part, plutôt que de m'être jetée dans la gueule d'un lion qui n'avait même pas faim de moi. 

J'ai aussi pleuré pour une sombre histoire de boîte aux lettres. C'est idiot n'est-ce pas? Mais pensez-y, dans sa ville natale par exemple, on sait toujours où se trouvent les boîtes aux lettres. Une au moins. Et bien ici, dans cette ville qui n'est mienne que parce que je peux l'écrire, un peu artificiellement, je me suis retrouvée infichue de mettre la main sur une boîte aux lettres. Je ne sais même pas de quelle couleur elles sont en fait. Jaunes comme chez nous? Rouges comme à Londres? Vertes comme dans un endroit chic? Alors je promène le chien, mon petit paquet de mots doux dans la main. Je n'ai pas encore trouvé quelque chose qui fasse sentir plus étrangère que de jouer à Où est Charlie pour une histoire de boîte postale. 

Ceci dit les timbres sont drôlement jolis ici. 

À pleins poumons




Bon, disons le franchement, on est rentré. Rentrés de chez rentrés, avec la voiture pleine à craquer, les presque 10 heures de route avec france culture jusqu'à ce que ça grésille vraiment trop parce qu'on n'était plus en France (et un peu Nostalgie, je guettais la seule chanson de Johnny que j'aime bien, c'était le week-end spécial Johnny qui nous a fait croire quelques minutes qu'il était mort avant qu'il aille vérifier sur internet), et les gens qui se sont mis à conduire comme des idiots dès qu'on a mis une roue en Belgique. Welcome, quoi. 

C'était à peu près sûr de toute façon que je trouverai toutes les raisons du monde pour être grincheuse voire bien triste de rentrer, et surtout d'arriver ici. Il y a eu la folie de Bruxelles en voiture la nuit, majorée par la fatigue de ces 800km on est d'accord, les créneaux dans cette fichue rue un peu penchée qui fait que je perds tout mes maigres repères, et cette grande duduche (d'au moins douze ans!) qui s'est complètement figée et mise à pleurer quand elle a vu le chien (qui n'est pourtant pas très effrayant, enfin pas effrayant genre chien méchant, seulement effrayant dans le sens où il n'a pas vraiment de museau et des yeux un tantinet globuleux). Au début on a joué les gens compréhensifs et dit au chien de s'assoir, elle a encore plus pleuré, et là on a commencé à avoir une espèce de fou rire nerveux post on vient de rester assis dans une voiture pendant dix heures. Son père s'est faché de tant de niaiserie et est parti sans elle, moi je lui disais "mais passe, il est gentil, et il s'en fiche de toi", bref on atteignait le psychodrame. Et tout ça avec des gens qui parlaient néerlandais (on ne sait pas encore si quand ils ne parlent pas français avec nous, c'est vraiment qu'ils ne parlent pas français tout court). 

Il y avait beaucoup de courrier qui nous attendait, du ni spécialement gentil ni méchant, juste le courrier de la vie. Une pub monoprix alors qu'ici il n'y en a pas, j'ai trouvé que ça faisait un peu petite pique, mais je dois prendre ça trop sérieusement. Une lettre de l'avocate pour les affaires pas rigolotes du passé, mais qui omettait la pièce jointe qui était le plus important du courrier. Je me suis demandé ce que voulait dire cet acte manqué. Je suppose que même les avocats ont un inconscient. Je me suis dit ohlala, si elle n'a pas mis la lettre, c'est que c'est pas bon du tout, et j'ai eu les yeux mouillés. Puis j'ai décidé d'appeler lundi matin et d'arrêter la psychologie sauvage. Ah si, il y avait quand même une bonne nouvelle, c'était notre invitation au mariage de mon copain d'enfance, qui était même un peu mon amoureux en ce2. Bon maintenant il se marie avec un monsieur, mais stop pas de psychologie sauvage sur ce retournement de veste! Ce sera notre premier mariage pour tous, et c'en sera encore plus émouvant. 

J'ai l'impression d'avoir passé 15 jours à tomber amoureuse. De la mer, de la vie qu'on pourrait s'y imaginer, de lui -encore, et je suis toute retournée que ça ne cesse de m'arriver-, des projets qui ont commencé à s'esquisser. Puis la place que j'ai concédé au chagrin, un peu à contre-coeur, parce qu'accepter c'est aussi se dire que c'est pour de vrai. Mais c'est concéder à cicatriser un jour, aussi. 

Voilà on est rentré, le lit était fleuri et fait, la bouilloire prête à faire du thé, et les voisins en train de faire un barbecue sur leur balcon. Maintenant j'ai envie de regarder la suite s'écrire, mais tapie derrière ma fenêtre, entrouvrant à peine le rideau. 

C'était bien d'être à l'abri pendant ces 15 jours, avec la mer pour me bercer. 

Dans les faits






Des chansons idiotes dans la tête, enfin pas toutes, mais cotcotcodec rock'n'roll et gallinacées dès le matin... On a chanté le grand Jojo parfois, les chemins sinueux de l'intégration, et moi vivien Savage parce qu'il faut bien de temps en temps. Sous les jupes des filles, souvent. Ah et un peu de Bashung, même si ça me fait un peu mal parce que mon père...

Une virée pour aller voir de belles vieilles maison (mais y'a qu'une étoile -entendez dans le guide Michelin 1980-/ on s'en fiche ils ont en piqué une pareille pour la mettre au Victoria&Albert museum, ça doit quand même valoir son pesant de cacahouètes). Du beau donc, dans la belle vieille maison qu'on pouvait visiter, mais un peu vide. On s'est demandé ce que ça pouvait bien faire d'être le guide-gardien-caissier d'un musée-maison comme ça. Moi je trouvais ça merveilleux de pouvoir y habiter toute la journée en quelque sorte, mais lui plus prosaïque a trouvé que ça devait être très très ennuyant. C'est quand même vrai que le monsieur en question parlait beaucoup de la météo, et ça c'est un signe. 

Au marché vivant bien vivant on a vu les plus gros crabes au monde, ou peut-être bien de toute la Bretagne en tout cas. Le plus gros des gros m'a fait un clin d'oeil, sûr de sûr, et je me suis demandé si c'était un code pour dire "achète moi et sauve moi, arrache moi à mon destin!". Je ne l'ai pas fait, mais à cette heure-ci j'en ai peut-être la conscience alourdie... Les stands de légumes m'ont épargné ces dilemmes moraux, et j'ai été ravie d'y trouver de beaux et ronds potimarrons. On a aussi acheté des mirabelles, par pur chauvinisme pour lui, et pour la nostalgie pour moi. 
Je me souviens que le tout premier été que j'ai passé à Nancy, une amie de Besançon était venue pour m'aider à m'acclimater. On faisait les touristes, et bien docilement on s'était mises aux mirabelles. On faisait une tarte par jour tellement on aimait ça. Cette fille a disparu de ma vie il y a un an et demi, sans que je comprenne trop pourquoi. Elle m'a recontactée pour mon anniversaire l'an dernier, en me disant quelque chose comme "c'est pas moi c'est toi, je sais que c'est de ma faute, et plus je laisse le temps passer..., mais bon j'assume". Enfin ça m'avait laissé les bras un peu ballants. Et malgré ma réponse ça n'avait pas repris, en quelque sorte. Ce soir je lui ai envoyé un mot, pour lui dire pour Bruxelles, pour papa. Je me suis dit que c'était peut-être abrupt comme "retrouvailles" (qui n'en seront peut-être pas) mais après je me suis oh puis mince, c'est la vie qui est abrupte avec moi. J'en ai marre de prendre des gants ou des pincettes ou même des pincettes avec des gants. C'est trop fatiguant et moi je suis trop fatiguée. 

Je marche tous les soirs, de l'eau jusqu'aux genoux, dans notre belle baie en forme de demi-lune. C'est l'heure à laquelle l'eau monte, alors au fur et à mesure je me décale un peu, même si je finis toujours par être éclaboussée. Ça fait presque partie du plaisir, une vieille odeur de sauter à pieds joints dans une flaque d'eau. Je marche, je marche, et je vois parfois quelques gens tranquilles me regarder. Je me demande un peu ce qu'ils peuvent penser, de cette jeune femme toute seule qui marche tout droit tout vite, d'un air de celle qui saurait où elle va. Elle n'a pas vraiment l'air d'ici, encore que. Elle est habillée en rose, en rouge, en jaune. S'ils savaient. S'ils savaient ils verraient peut-être bien la même personne, mais moi je doute, le miroir déformant me guette. 

Je crois que nous reviendrons délestés du thé Des sales gamins que j'avais emmené (caramel, chocolat, rhum!). Il va plutôt bien avec toutes ces cajoleries qu'on grignote/ déguste/ dévore/ picore ici. Il faudrait en dresser une liste et nommer une armée de chats avec ces noms aux effluves de beurre, de sucre et de doux. 
En revanche dans mon sac il y aura une nouvelle huile magique anti-âge et un tee-shirt imprimé de renards des plus seyant. Mi pomme fripée, mi jeune pousse, quoi. 

Mi période probatoire/mi réhabilitation




On nous aura vu boire du cidre en pyjama sur un rocher, juste avant que la nuit ne tombe, à compter les vagues et à se demander si la marée était bien en train de descendre. Mais si regarde, la pointe du rocher on la voyait pas tout à l'heure!.

L'apres-midi, parfois on fait la sieste. Je me réveille souvent avant lui et alors je descends dans le jardin et je tricote face à la mer. Évidemment je béatifie de plaisir et alors PAF j'ai une petite pointe d'angoisse à l'idée d'avoir si peu envie de "rentrer", d'être à nouveau étrangère. Et les démarches. Et s'adapter. Et... Tout ce qui fera qu'on sera peut être bien plus fort et les yeux plus aiguisés plus tard, mais qui me m'effritent un peu plus pour l'instant. 

Nous sommes aussi routiniers qu'un chat. La journée on crapahute, on s'en colle plein les mirettes et ici il y a de quoi faire. Puis en rentrant on enfile les maillots pas encore secs, on empile les serviettes pleines de sable et de la lecture dans le panier. Le chien à motiver, parce le sable mouillé très peu pour lui. Moi je fais mes longueurs pendant qu'il lit. Parfois il fait des ricochets et je l'encourage en vraie groupie. Il veut m'apprendre mais moi je pense qu'après un certain âge on n'arrive plus à apprendre à faire des ricochets, c'est comme les histoires de langue étrangère après 6 ans ou d'accent anglais après 8 mois.

Quand on rentre on file se frotter le dos dans la baignoire dans laquelle on ne tient pas vraiment debout, une espèce de temps de l'enfance apprivoisé pour les amoureux, ce débarbouillage à deux. Le soir, après les assiettes pleines puis vides (des poireaux, plein, des carottes vichy, et des tartines), on monte avec le thé et une assiette de kouign aman (so cliché, so terrible) et on se raconte le guide qu'on a chacun dans la main. Moi c'est le Michelin éditions 1955, je suis un peu lésée sur les musées mais je peux raconter plein d'anecdotes savoureuses sur les mœurs bretonnes. Quand on a préparé le périple du lendemain je sors mon tricot, à nouveau, ou un cahier, ou on fait juste les chatons à se serrer.