17/52




Lundi de rentrée, j'ai été prise de court par cette boule dans la gorge, par ces pieds qui s'emmêlaient. Je n'avais pas du tout envie que quelqu'un d'autre que nous s'occupe de notre bébé, qu'il sente à nouveau une autre odeur que celle de notre maison, qu'il fasse ses siestes ailleurs que sur sa peau de mouton à lui. Un petit bis de retour de congé maternité. On a fait durer le chemin de l'aller, un peu, à regarder le noisetier qui signe le début de la longue côte, il nous racontait bien le printemps avec ses feuilles pointues bien vertes. Lapalissade, mais c'était si bien ces vacances, bien serrés. J'ai l'impression qu'elles ont duré six mois. 

Bien sûr, du coup, les séances étaient un peu bancales. Les ados pris par l'idée de l'après-midi qu'ils passeraient à la foire, et le grand avec qui je mange les lundis midis un peu... déchaîné. J'avais en tête que l'équipe me trouve trop gentille avec lui, et avait vaguement sous-entendu que je le faisais régresser en terme d'autonome (il en profite!), ce qui m'avait pas mal chamboulée. Ce midi ce fut l'apothéose et après un repas pas très partagé plus une séance houleuse j'ai fini en larmes en le ramenant à l'équipe qui me trouvait donc déjà sûrement un peu nunuche. De quoi leur donner à discuter pour les semaines à venir... Ça me donnerait presque envie de m'attacher une pancarte autour du cou: c'est rien c'est les hormones. 

En mangeant ma très méritée part de victoria sponge cake une fois rentrée il m'a fallu l'interroger. Alors, attribut du cod ou complément du nom? L'ambiance studieuse qui règne à la maison depuis quelques temps me remet dans ces temps cotonneux du concours, cette marche automatique coûte que coûte, heure après heure, ça avait quelque chose de rassurant. En le voyant assis au bureau quelle que soit l'heure, je suis un peu gênée de me repaître dans l'oisiveté. Mon tricot, mes épisodes de Call the midwife boulottés, les jeux avec le bébé... Je sais, et lui aussi je pense, qu'il nous rejoindra bientôt. 

Dans ma tête il y a déjà des piles de cartons, ceux pour la maison et ceux pour la maisonnette. Et ta laine, elle ira où alors? On a dit que c'était la maison des plaisirs, c'est évident non? C'est mercredi la rencontre, et c'est déjà présent dans mes rêves. En attendant, le temps passe à coup de morceaux de camembert et de granules d'homéopathie. Rang après rang. 







Un matin il faut faire des crêpes, mais oui il n'y a rien à déjeuner! Ça fait si longtemps que je n'ai pas fait de brioche aussi... En fouettant j'écoute cultures monde sur la déconnexion, ça nous fait discuter d'avoir internet ou pas dans notre maison verte. Moi je suis toujours un peu trop enthousiaste, et lui terre à terre, mais le terrain d'entente se bêche à coup de mots. On pourrait quand même essayer sans? Je ne lui raconte pas les cahiers qui traîneraient sûrement partout, là bas, et qu'une fois les mains dans la terre le clavier sonnerait bien fade, j'aurais un peu trop l'air d'un cliché sur pattes. Mais on écoute, et je retiens ces histoires de liens sans contact qui me parlent beaucoup. J'ai un cahier aussi pas loin, et je note en me creusant la tête les choses qu'il faudrait regarder quand on la visitera, cette maison. Débit d'eau, ouverture/fermeture des fenêtres, signes de termites (pour ça il faut un stéthoscope me dit François, hum!)... Enfin j'essaie de faire ça sérieusement et de mettre un peu de raison dans mon enthousiasme, pour que ça fasse un peu sérieux quand même. On joue les enquêteurs à coup de sessions sur google map, pour avoir la bonne surprise de découvrir qu'elle est pile en face d'une petite église et d'un lavoir. Oh le cadeau! 

Des boutures partout, et des expérimentations culinaires. On vit comme si ces vacances n'allaient jamais s'arrêter. Pendant que le bébé joue dans un carton avec du papier bulle, je découpe la moutarde de chine. Grande première, qu'est-ce qu'on va faire avec? J'aime bien ces creusages de tête du mercredi soir, en rentrant de l'amap. Et des radis qui piquent, ça faisait si longtemps! Ce sera une pizza-tarte, et elle s'avèrera délicieuse, je vous donne la recette, et des petits gâteaux aussi. 

J'ai fini un gilet pour Pépin, qui s'avère être un peu bancal, sans que je m'en sois rendu compte en cours de route. Mais les boutons sont adorables, me dit-il pour me consoler. J'en ferai une version plus petite, pour le bébé à venir. Il faut quand même que je tricote pour lui aussi, même si tout est prêt et pas rangé depuis longtemps... C'est une façon de lui faire une place, à ce bébé surprise. 


Tarte à la moutarde de chine

Faire revenir 100gr de moutarde de chine avec 1 oignon
Ajouter du curry, du gingembre, du poivre
Faire un battu avec 3 oeufs, de la crème et plein de ciboulette
Verser le tout sur une pâte, ici une pâte à pizza à l'huile d'olive
Parsemer de graines de lin brunes
Enfourner

Gâteaux au miel, au thym et aux amandes

Faire fondre 120gr de beurre
Mélanger 3 oeufs à 130gr de sucre
Y ajouter une cuillerée de miel, du thym frais et une cuillerée à café d'amande amère
Ajouter 150gr de farine et un peu de baking soda 
Mélanger le beurre 


Des bébés, parce qu'une vague de joie en plus, on n'est pas contre! Oh le cadeau, petite surprise qui s'est installée là où ça semble être douillet juste ce qu'il faut... Les bébés d'automne, de la vie en plus quand tombent les feuilles, c'est une histoire pour laquelle on a re-signé très volontiers!

Je me sens entourée de vie, tout à la fois aux aguets dedans et dehors, un mille-feuilles à qui on ferait le cadeau de beaucoup de couches très appétissantes d'un coup. Oui, oui, rien que ça.

Plus de rires, plus de joues à embrasser, des scènes de petits garçons devant une cheminée ou les pieds dans un ruisseau, non vraiment j'ai l'impression que c'est le chapitre à fleurs de ma vie qui a commencé à s'écrire. 

16/52


Monsieur sourires continue son oeuvre, teste ses multiples possibilités de vocalises. 

Du temps en plus, beaucoup. Depuis... Qu'internet se fait plus discret, que les réseaux asociaux sont boycottés ou désertés. C'est un peu cliché mais je l'ai bien senti cette fois le haut le coeur face à la monstrance à tout va, de la vie la plus comme ci, comme ça. Et mes fesses, et mon enfant, et ma liberté qui n'existe que sous vos yeux. Du temps en plus, depuis qu'insidieusement a été décrété que rien ne presse. Depuis que le soir, parfois, de plus en plus souvent, le repas a la forme d'une théière. Qu'il est bon ce temps même pas volé, si gratuit. 

Un soir je suis seule, et je me demande quand était la dernière fois d'une soirée à ce goût là. Le bébé dort, et le chien ronfle, mais lui est sorti. Les soirs-seules, je suis à nouveau une enfant. Ou plutôt celle qui avait l'air d'être plus âgée mais qui l'était bien, pourtant, petite. Voilà une des colères à apaiser, ces réminiscences des soirées à faire comme si c'était pas grave, à avoir peur, à guetter la porte d'entrée, à combler coûte que coûte l'abîme, à nourrir ce je n'en vaux pas la peine qui me fait encore souvent baisser le menton. C'était tentant de passer de l'autre rive, je me suis sentie hésiter... Mais non, la plaie m'a grattée encore une fois, et je n'ai pas su prendre ces heures pour moi comme un cadeau. Sous tutelle, encore un peu, c'est l'histoire côté valises à traîner. 

C'est parfois épuisant de savoir que je n'en ai pas fini avec le manque, avec les regrets, peut-être même bien avec l'amertume. Que pareilles à des vagues ces pages peuvent me surprendre au coin d'un mot, d'un coup de fatigue, d'une odeur même. Ça en fait des souffrances potentielles au menu, et je me surprends à avoir tant de noir sous le coude, parce que les indices racontent bien et lisiblement que la balance penche en faveur du kilo de pétales de fleurs. Je lui raconte dans un hoquet ma colère à être celle des deux qui doit bien faire, bien travailler, bien accoucher, bien nourrir... Quand je sais que personne ne me l'a explicitement demandé. Je dois me dire au fond que si en plus je sème moi même du gravier sur mon chemin, on n'est pas rendu.

Je crois qu'en quelques discussions on s'est décidé pour une vie taillée sur mesure, garnie de quelques compromis et d'idéal. Une vie en deux temps, la semaine et le week-end, où le plaisir est toujours à la place du chef. Le culte du quotidien la semaine, et le week-end autre chose bientôt, la vie de Robinsons, des enfants les pieds dans l'eau ou même dans la boue s'ils le veulent. Demain je crois bien qu'un préavis sera donné, on a envie de vivre dans plus petit (sic!), on voit bien qu'on préfère rester serrés de toute façon. On mange des lunettes à l'abricot en regardant une carte, pas trop loin d'ici, pour notre rêve-vert. Comme tout le monde, un peu, mais sur-mesure. 







Ça y est, un tout petit peu, on ouvre la porte du superbe paysage qui ne cessera de nous époustoufler. Tous les jours c'est un poil plus intense, sa chanson sonne plus sienne, ses gestes tout en forme de lui. Il est tellement là! Il a vu les montagnes, les restes de neige, des cascades et des ruisseaux. La jolie salade rose et orange du pique-nique a semblé lui plaire autant qu'à nous, et ma conduite peu assurée dans les cols n'a pas empêché ses sourires. 

J'étais à nouveau à ramasser à la petite cuillère et tenue debout par la joie d'être en famille et quelques bonbons à la violette... On est rentré à temps, le ciel etait encore rose. Un sirop d'orgeat pour tout le monde, et très vite un pyjama pour moi. Le premier jour des vacances et cette impression d'avoir porté dix sacs de semoule pendant quelques années... Nos joues rouges bientôt dorées attesteront d'un periple qui méritait d'être fait. Et les tartes, on peut les congeler tu crois? Demain ce serait au tour de la charlotte, on cuisine plus vite qu'on ne mange et mon jeûne involontaire n'arrange rien.  

Dans le petit cahier de choses à cultiver se notent de la légèreté à semer. Les cailloux à déposer et de quoi moins se torturer. Il faudrait une page seulement pour les colères et une honte pour les hontes. C'est qu'il y en a, c'est de ça dont je me souviens le plus la nuit, quand je n'arrive pas à me rendormir si le bébé a eu faim. 

Ailleurs, les pierres qu'on aime bien par ici. Plein de cigognes pour aller avec même, c'était vraiment heureux d'en voir six faire la ronde dans le ciel. Bientôt nous serons à nouveau trois, avec plein de jours à l'odeur de pages blanches devant nous. Quelques siestes j'espère, une autre charlotte parce que c'était vraiment bon, et répondre toujours par oui à nos moindres envies de grand air. 

15/52


6 mois! Attraper, regarder, sourire -beaucoup-, chanter, taper, faire des bulles... Se faire aimer et rendre au centuple, plein d'empathie qu'il est pour nos pas hésitants de parents. 

Pleine de compassion pour mon bébé, quand il fut rétabli après deux jours de repas légers et de dodothérapie, ce fut mon tour d'être souffreteuse. La liste des menus à partager avec mon oncle et ma tante était poétique et tentante, mais un piranha semblait s'être installé dans mon estomac. Les penne à l'arrabiatta me passèrent donc sous le nez, bouillotte et tisane de gingembre me permirent de rester quelques minutes à table avec tout le monde avant de rejoindre le canapé-radeau. Dimanche commença mal, et ce furent trois personnes en pyjama que Belinda et Colin trouvèrent quand ils sont arrivés, vers 14h, pour déjeuner. Ma bouillotte toujours greffée et Pépin émergeant de sa première sieste, s'étant fait le cadeau de se laisser dormir jusque 10h ou presque pour fêter ses 6 mois de vie-jolie. La fin des pâtes, c'est comme ça que tu préfères les réchauffer toi?, une omelette aux tomates, pesto et pignons, une baguette et des fromages en veux tu en voilà. Je pris le risque de manger un pamplemousse, ce qui déplut fortement au piranha.

La charlotte aux fraises attendrait demain, comme tout ce qui demande plus de quelques minutes d'attention. Que faisaient ces briques dans mes jambes? Et ces termites dans mon dos? De l'air et du vert, j'étais plutôt d'accord avec la prescription de François. Non vraiment conduire à gauche, cette expérience ne vous tente pas? Il a fallu rameuter les quelques neurones qui n'étaient pas occuper à me tourmenter, suçoter quelques bonbons à la violette pour ne pas voir trop de mouches et en route! De vieilles pierres sur lesquelles François connait toujours une histoire, des chats à la pelle, et même des gentils. Comment dit on brebis en anglais déjà? C'était déjà l'heure du repas dans les vieilles maisons du village dans lequel on flânait lorsqu'on est reparti. Le soleil dans les yeux tout le chemin du retour, mais personne n'aurait oser pester. 

Lundi nuit/matin, 5h et quelques, Pépin a faim. J'essaie un peu, la respiration, la visualisation et autres techniques de sioux mais non je ne me rendormirai pas. J'éteins le réveil et me dis de toute façon il a l'air de faire presque jour dehors, c'est donc que ça n'est pas si grave. Je suis bien mieux qu'hier, ce sera donc un lundi au travail et en rentrant je serai en vacances. J'appréhende un peu les ateliers que j'ai proposé pour ce lundi où les enfants sont en vacances, et il faudrait vraiment que j'arrête de me torturer quand ce sera de toute façon gai. Cette après-midi en rentrant il faudra préparer pour le pique-nique de demain, la salade aux oranges sanguines, les sandwiches et un dessert transportable. Je penserai au pique-nique chic dans le Jura la dernière fois, plus on vit plus ça fait des chemins de dominos les souvenirs non? 




Le mercredi soir, souvent vers 19h10 on peut m'entendre crier l'amap, mince mince, l'amap! Et vite les paniers et les sacs, et le petit chemin là où il trouve les maisons moches et moi charmantes. La suite ce sont des matins pain-grillé, aux graines et à l'épeautre, parfois avec plein de temps devant soi, parfois l'assiette posée sur le rebord du lavabo, une si petite chaussette entre les mains. Puis quelques jours plus tard les mouillettes ou les bruscettes. 

On passe des après-midi au goût d'école buissonnière, et j'imagine bien que c'est un tout petit avant-goût. Filer au parc en sortant du travail, rejoindre une copine et son bébé, au milieu de ceux qui révisent et de ceux qui s'embrassent. Les chiens ne sont pas très sages, mais ils finissent par faire semblant de s'ignorer, chacun collée à sa maîtresse. Elle n'a pas oublié la thermos de thé, et je me promets de faire quelques sablés au pavot ou à la lavande la prochaine fois. On devient parfois un peu rustre, la tête toujours dans le bonheur avec un bébé. 

Un matin, je suis plutôt en retard dans les escaliers. Gilet vert brocoli cru et robe en vichy bleu, je pense déjà un peu à l'arrivée. Puis non, quatre à quatre je remonte, une journée à jouer les koalas après une nuit patraque. La matinée lui ronflotant dans l'écharpe, moi à fabriquer des mobiles et à laisser mes tasses de thé refroidir. Vite, l'aval du médecin, et moi de pester que c'est bien triste qu'il faille que quelqu'un atteste que l'état de Pépin nécessite la présence de sa mère, si moi je le sens là tout au fond, ça ne suffit pas? Au soleil tous les trois, dans l'herbe même. On lui présente sa première coccinelle, grand effet. Je me fais offrir un magazine sur le chemin du retour et ça sent un peu les vacances déjà. J'oublie un peu les bilans annulés, l'alimentation-plaisir de cette petite qu'il faudra repousser... Pour travailler ici, il faut faire des deuils! me répondait le psychomotricien, quand je lui disais avoir l'impression d'être un saumon qui remonte la rivière, parfois. 

J'ai les joues en feu, c'est laid, ça me tire, les gens me disent mais qu'est-ce que tu as? et je vais finir par être vraiment gênée .. J'essaie l'huile de calendula, de rose musquée (à l'horrible et surprenante odeur d'huile de foie de morue!), les masques maison à la poudre d'avoine et à l'eau d'hammamélis, mais non, pour l'instant c'est rouge et ça fait mal. Y'a t'il quelque chose de pas droit en dedans que je n'aurais pas entendu? Ou la très banale essoreuse à salade hormonale... 

Jean-Pierre Darroussin a écrit un livre, j'aimerais faire du sirop de fleurs de sureau et qu'un cours d'eau ne passe pas loin de là où j'habite. Le thé est alternativement au caramel ou au citron et au gingembre, et quand ma tante sera là, on fait une charlotte? Et un soufflé, ça fait français ça non? On n'a vraiment plus besoin de montre ni d'horloge dans cette vie là. 

14/52


Presque six mois, le jour de nos trois ans. Bébé couple et grand bébé, 2 dents ce matin, 3 ce soir, quelques nuits en compagnie de cinq chats, une passion pour la bouillie aux flocons d'avoine et des pieds tricoteurs de talent. 

Trois jours ailleurs, chez moi, qui m'ont rappelé que tout était bien là chez moi. Des mamans, beaucoup, des conversations debout dans des cuisines, un beau coucher de soleil par soir, au moins. Dans les vignes je suis surprise d'avoir envie d'argumenter, de faire passer mon idée jusqu'au bout, là où quelques semaines plus tôt j'aurais peut-être laissé passer en gardant mes mots pour moi. C'est bien, quand c'est à haute voix.

Mardi soir-lundi soir, j'ai follement envie d'oeufs. Ce sera une omelette au pesto, avocats, maïs et tomates, jolie à souhait. Tu crois que ce sera un plat de famille? Je me demande de temps en temps ce qui restera comme ces détails de chez nous, qui formeront la galerie des odeurs des souvenirs d'enfance de nos enfants. 

Quelques jours avant la soupape. Au détour d'un couloir, dans l'ascenseur ou quand je me lave les mains je complète la liste des plaisirs. Comme d'habitude, hein, ces recettes notées dans des coins, des petits gilets à terminer, des promenades ses petits pieds qui pendent contre moi. 


C'était seulement une petite remarque, mais on y entendait ce qui c'était dit derrière. Une histoire qu'avec eux, ils ne les faisaient pas tourner en bourrique, parce qu'il savait qu'avec eux, ça ne marcherait pas, alors que moi... J'ai essayé, un peu, de dire que le lien de dépendance qu'exigeait ce garçon, c'était son lien à l'autre, et qu'en en étant complice je tissais notre relation, peut-être, que petit à petit ça venait. Oui mais tu comprends (est-ce qu'on voulait vraiment que je comprenne?), je ne lui rendais pas service, quand il irait dans un autre établissement, un jour... Non, non vraiment, pour le bien de tous (sauf le sien peut-être), il fallait que je lui tienne tête. Et ça m'a tracassée, tracassée, que je n'aie pas su bien dire, que je n'aurais pas pu être entendue, anyway... Et que j'allais peut-être sacrifier mes convictions personnelles-professionnelles, par docilité, quand même un peu.

Dans la même journée j'ai envoyé un mail pour monter un dossier de demande hlm puis six heures plus tard un autre à quelqu'un qui vend une maison. C'est en attendant se l'eau bouille que je me suis rendu compte du grand écart, j'ai choisi d'en rire. Les artichauts cuisaient et moi je recommençais  une couverture de naissance bis, ayant fait rétrécir comme une bleue la première...

Les matins de pain à l'épeautre et fondant d'érable. Ça n'est pas le matin pour tout le monde, j'envie de quelques heures la communauté des gens du petit matin, les froissés mais enthousiastes, les silencieux et ceux qui écoutent la radio, ceux qui fument ou ceux qui attendant quand même le premier café. Aujourd'hui on prendrait la route, il serait sceptique quelques heures plus tard, à l'idée de dormir dans cette nouvelle chambre. Je suis surprise de sentir qu'il me plait de mettre l'air d'ici au fin fond de mes poumons. C'est si banal, cette satisfaction à revenir en terre-familière, mais le simple qui dénoue les épaules, je prends. Dans nos sacs ce livre à
finir, deux tartes au sirop d'érable, et des compotes. 

Plus d'ordinateur, il faudrait faire quelque chose, on fera, on verra. On apprécie de ne pas se presser. Les aiguilles s'agiteront d'autant plus, et les mots qui sait?