30/52






En retard et sans trop me mouiller par rapport au choix de la photo, lâchement! Une pause-yaourt verte et bucolique, quelques canards et des dizaines de bourdons en fond sonore, sur la route d' un peu d'ailleurs. Nous dormons dans des lits que nous avons occupé il y a deux semaines, et Pépin n'y tient plus en travers alors que c'est comme ça qu'il avait dormi alors... Notre bébé-haricot magique! 



Dès que je l'ai vu, j'ai eu envie d'agiter les mains pour qu'il enveloppe un bébé... Ça tombait bien, j'avais la laine, et dans 3 mois le bébé à y glisser! Un régal à tricoter ce bonaventure... Maintenant il en faudrait un pour Pépin, et un pour moi aussi, si le modèle existait (un jour sait-on jamais? Please Nadia!). 

J'ai offert mon premier Marin à une amie tout à l'heure, et j'ai oublié de le prendre en photo... c'est bien la peine de bloguer depuis plus de 10 ans maintenant! Les projets pour le bord de mer sont dans le sac... Enfin la vie pleine de mailles, des aiguilles traînent toujours un peu partout, et il faut maintenant guetter que Pépin ne les enfonce pas dans la truffe du chien! Il adore défaire les pelotes, et a manqué quelquefois de finir ficelé comme un rôti... La vie de bébé quelle aventure!





Je retourne à la piscine, plonger avec d'autres gros ventres, les heures volées du lundi soir. Dans mon état, on devient vite accro au sentiment de légèreté et à l'absence temporaire de gravité. Le bébé dedans se tait une fois tous les deux immergés dans l'eau, lui qui aime tellement pirouetter sans relâche. 

J'ai commencé un nouveau pull, pour les bébés, en 2 ans. La couleur c'est châtaigne, et j'ai choisi le modèle parce que le bébé qui le portait est l'adorabilité faite bébé. À la piscine à nouveau le lendemain, avec François, d'un coup il me pousse du coude: regarde, mais regarde! Il est pas trop mignon ce bébé? Deux grands-mères à yoyoter sur les joues roses et les yeux bleus, et Pépin de nous manquer follement d'un coup. Tu crois qu'il a bu tout son biberon? Il doit dormir maintenant... Il a mangé son premier couscous, regardé ses premiers éclairs. Et toujours, toujours, ce sentiment d'être si privilégiés d'être à côté de lui pour lui proposer le côté moelleux des choses. 

Je prépare la visite avec un artisan à la maison demain, les cheveux enroulés dans une serviette, du henné châtaigne (à nouveau!) en train de poser. Je ne sais pas comment font les gens habituellement, moi ma facon c'est de rédiger cette feuille de route: Cuisine- plafond (?), ouverture de la fenêtre, chambre 1- désinstaller la salle de bain, casser la cloison la séparant de la chambre... J'ai dessiné le plan de la salle de bain à créer à l'étage, écumé moult forums qui parlent de cuves de récupération des eaux de pluie et matérialisé diverses tailles de velux pour tenter de me rendre compte si ceux qui font 134cm*140cm seraient trop grands. On joue à deviner combien tout cela pourrait coûter et pour l'instant ça nous fait encore rire. 

La salade de haricots verts et le coulis de tomate à l'ail sont prêts, il reste du gâteau au chocolat, on errera en quête d'un nouvel endroit à pique-nique, ce qui semble près de devenir notre nouveau jeu de piste pour les week-ends à venir... Dehors ça sent la paëlla (ou les pommes de terre sautées tu ne trouves pas?) et sur le balcon la cannelle et le basilic, mélange destiné à inciter les fourmis à se trouver un autre lieu de villégiature. Il fait enfin frais, ce qui nous rappelle qu'un jour ce sera l'automne à nouveau, et que nos bras seront chargés de bébé... Quelle joie! 

29/52









Aujourd'hui un pique-nique dans le chemin forestier qui poursuit la rue de notre presque maison, pour continuer à apprivoiser les bruits et les couleurs qui nous environneront, mais aussi enfin présenter les lieux à Flanelle! Découvertes du jour, ces fleurs violettes dans le jardin et un noyer dans le terrain "bonus" en face de la maison. Chaque saison fera sûrement office de pochette surprise dans cet endroit... La joie de Pépin à brasser terre et feuilles mortes, à attraper chaque tige ou fleur attrapable et à contempler le ciel d'arbres qui nous recouvrait m'a enrobé le coeur de certitudes sur le fait que partir ici ce serait vraiment un cadeau à nous offrir tous les jours. 

Dans le panier de victuailles, entre les chips et les baguettes une tarte aux courgettes, basilic et à la mozzarella, un clafoutis au chèvre frais et aux tomates, une salade de haricots (poussés à 10 km de la maison!) et un gâteau au citron. 

Furent croisés un oiseau aux plumes turquoise, un papillon bleu marine, quelques musaraignes, des libellules noires et sûrement plein d'autres choses que nos yeux embués ont du rater. C'était un peu dur de repartir, on aurait presque envie de déplier une tente dans le jardin... 




C'était forcément un soir à coquillettes au bouillon et au persil, mangées dans un bol sur le canapé les pieds sous les fesses. On ne se parlait pas beaucoup, pas par fâcherie mais seulement le temps d'atterrir, de faire glisser ces moments de vie un peu plus intenses que les autres vécus pendant ce petit périple. Puis la route, je ne sais plus bien faire sans avoir envie de m'endormir ces derniers temps. Il me chatouille les oreilles et me raconte des histoires mais il n'y a que les pas quelques instants au frais pour me réouvrir les yeux. 

Le soir même un nouveau carnet, jaune à fleurs vertes et violette, au contenu assez prosaïque. Il faut bien aussi, à côté des mots qui pourraient se transformer en chanson. De nouveaux éléments pour m'interroger sur ma viabilité, mes grincements de dents face à telle ou telle situation. Ah oui c'est la solution de facilité! Comme on a laissé tomber cette ado que j'étais, j'en suis peut-être restée là pour pas mal d'aspects. En tout cas je ne peux pas penser à elle sans éprouver un frisson de honte. Les gens qui m'ont croisé à cette époque me laissent pourtant moins tombé que ceux que j'ai rencontrés jeune adulte. Ça aurait donc empiré? Je ne suis pas sûre, c'est vrai, de gravir chaque jour une nouvelle marche vers le mieux. Les séances que j'ai passées à dire j'adore les lundis, les pages blanches. Et les nouveaux cahiers oui c'est vrai! AH la pelote emmêlée! 

Quelques nouvelles précautions pour que les cailloux ne restent pas trop dans mes chaussures pendant trop de pas, de nouveaux endroits à éviter, des échanges à sublimer, cahin caha, des histoires de deuil chevillées au corps. Sur les tartines c'est de la marmelade d'oranges, l'amertume ambrée et un goût sucré quand même. Quinze jours depuis que nous sommes ici, et pour la première fois le four est allumé. J'avais envie depuis quelques jours d'un gâteau au chocolat. Les pieds sur terre, et un bébé qui gigote dans son lit. Quand je vais lui embrasser le bout du nez il me paraît tout grand. Il dort déplié maintenant, et touche pratiquement le bout de son berceau. 

28/52






On arrive ici en tapant théière biscornue et je trouve que ça me va plutôt bien. Fin d'année où je suis là et pas là, pour la 2ème fois, où d'un coup les pas sont lents et lourds et où je ne sais plus quoi répondre quand on me demande si ça va. Bien sûr que ça va, c'est si gai d'être prise en sandwich entre deux bébés, mais si vous voulez savoir comment va mon sacrum, mon bassin et si je vois encore mes pieds, ce sera un autre discours... Vendredi après-midi aux airs de vacances, le pot de départ de ma plus chère collègue. J'ai passé la matinée à rencontrer ("bilanter" est censé être le terme approprié) un jeune garçon adorable, aux phrases peut-être bien un peu délirantes, et je me suis hâtée de poser tout ça sur papier avant d'aller dire au revoir et déposer ma carte aux promesses d'amitié en bas de la pile de cadeaux pour cette bonne fée. Il faudra que je me souvienne toujours de sa constance dans la bienveillance, ce non jugement perpétuel et cette accueil des enfants quels qu'ils soient les bras grand ouvert. Son mail tôt ce matin, mes yeux humides à nouveau, la joie de constater que des rencontres encore il y aura. 

Dans le jardin sous notre balcon, tout plein de bric et de broc, crépite un feu. Ce bruit si chaleureux se mêle aux bruit répétitifs du terrain de basket de l'autre côté du canal. Je découvre des vies ici, je regarde avec envie les péniches passer, leurs vélos sur le toit et leurs occupant bronzés, toutes les vies qu'ils ont croisé et imaginé eux aussi. Est-ce qu'ils les envient, ces vies imaginées? Je repense à tous les endroits habités, les possibles qu'on a probablement effleurés. Le parc derrière la cathédrale à Reims, ce quartier de bric et de broc à Besançon, un nid d'oiseau dans une gouttière en vieille ville, nos si longues marches à Bruxelles. Peut-être bien que je me réjouis véritablement d'avoir un si gros coussin de souvenirs à chérir déjà, même si je sens qu'il ne pourrait pas être beaucoup plus gros. C'est à la page on s'installe de s'écrire maintenant. 

Samedi matin, un sac poubelle à remplir, je passe de pièces en pièces, effet de l'art du désencombrement again. Je guette le réveil du bébé-sirop-d'érable, et j'enjambe le chien sans qu'il bouge une oreille. François est parti conduire, j'écoute Blur faire du neuf avec du vieux, cherche un endroit où pique-niquer demain. Sur la route ça sent comme si on pouvait ne jamais s'arrêter. A trois dans une toute petite chambre, personne ne dort, on se tient un peu trop chaud mais mieux vaut être humide de câlin que de larmes. Je mange des carottes au cumin sur un canapé, des brindilles plein le tee shirt. Il devrait peut-être être en train de dormir, mais c'est bon de le laisser grappiller des instants de vie, je ne crois pas qu'on sera une famille 2 + 1, 2 + 2, on est tous à la fois les enfants et les parents des uns et des autres. Tu veux du thé avec tes courgettes? 

27/52




Le petit suspense récurrent, c'est de découvrir si la pastèque sera bonne. Ça n'est arrivé qu'une fois en trois fois, il était tellement temps qu'elle a disparu dans la journée. Sur le balcon une piscine pour Pépin prend une bonne partie de la place, j'y trempe les pieds en jouant avec lui et en le regardant redevenir petit poisson. Il en sort fourbu et fripé. Le livre fil-rouge traîne sur le tabouret à côté de moi, et je goûte à nouveau les lignes volées à tout va, prenant la main à l'adolescente lectrice oui-oui j'arrive encore une page! que je fus. 

Dans un bureau bien trop saumon à mon goût j'ai paraphé des pages de diagnostics et de promesses, peut-être bien 80 en tout, et ainsi signé pour la maison au vert. Celle qui devait l'être pour les week-ends et les vacances, et qui sera en fait celle de tous les jours, parce que je n'ai pas envie d'être coupée en deux et que comme l'une de vous l'avait écrit une fois, la quitter le dimanche soir nous aurait sûrement bien trop crevé le cœur. Après, alors que le soleil semblait ne jamais vouloir disparaître, on est allé pique-niquer notre goûter sur la butte d'à cote, celle qui nous demandera un peu d'entraînement si on veut y aller à pieds voire à vélo. Je mangeais ce pain aux raisins qui me trottait dans la bouche depuis quelques jours, lui un pâté lorrain (il n'y a pas d'heure), et Pépin vaguement une compote, mais sans trop de conviction.

En taillant la menthe pour faire un taboulé qui ressemblerait plus à une salade de menthe je me demande si les solitaires se sentent seuls parfois? C'était une journée où, si ma vie me le permettait, je me serai bien réfugiée dans ma famille ou chez des amis. Je lui aurai, je pars passer le week-end chez untel, et peut-être que j'aurai eu des remords dès la porte de la voiture fermée. A la place je suis allée faire les courses, et cette micro-émancipation, aussi cynique soit-elle, m'a déjà fait du bien. J'en suis revenue avec un pot, qui trône maintenant au milieu du salon (et intéresse beaucoup le chien...). 

Au travail je me sens fatiguée d'être témoin des manques de respects qui jalonnent la journée de quiconque travaille en ces lieux... Les enfants qu'on bouscule et sur qui on hurle dès le matin, ma chef (bien qu'elle n'apparaisse pas ainsi dans l'organigramme de la maison, après quelques recherches un jour trop gris) qui surchauffe et nous harcèle... Je cherche un moyen de résister, entre les bulles des séances, mais je crois que ce qui revient souvent contrariétés après contrariétés c'est simplement que j'en ai marre. J'ai tenté de le dire, peut-être plus pour que personne ne joue les surpris le jour où... et on m'a répondu mais mets-toi à ma place enfin! Mais c'est que nous on est tout occupé à poser les pierres de nos murets, et qu'on n'a pas envie d'être sur une autre rive...