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Une odeur de rentrée, bien sûr, d'agenda à décorer et de mercredis après-midi à organiser. Moi je suis spectatrice, cette année. Mais j'accompagne un monsieur qui lui s'apprête à rencontrer des enfants qu'il va falloir accompagner toute cette année, le lieu et leur âge, encore un mystère (petits flottements du côté de l'éducation nationale sur ce coup là, en fille de prof je ne suis pas surprise mais ça lui a valu à lui quelques instants de perplexité). En tout cas ça y est, je partage ma vie avec quelqu'un qui a un vrai métier, pour la première fois de ma vie. Mon côté bien plus bourgeois que bohème accueille cette nouvelle avec un soupir de soulagement, enfin c'est peut-être plus pragmatique que bourgeois, cette envie de ne pas grincer des dents s'il vient à manquer des couches ou de l'essence après le 20 du mois. Et c'est bien agréable de voir son monsieur trouver chaussure à son pied professionnellement parlant, que ses efforts d'une année aient payé. J'ai hâte qu'il me raconte les bons mots de ses élèves, qu'on discute de leurs envies et difficultés, je suis ravie de partager la vie d'un instit! Même si on devient peut-être un peu un couple cliché, avec nos deux métiers...!

Sur la table du salon traîne une liste. Il faut qu'on se penche sur ce devis et qu'on compare la gamme confort à la gamme EVO 70, il faut que je rappelle la sage-femme car j'ai perdu le petit papier qui me disait quand la 3ème écho a lieu et je crois que c'est bientôt, entre autres. Je suis peut-être un peu moins performante que d'habitude, mais certaines lignes se biffent quand même, petit à petit. J'étais en retard pour faire ma prise de sang et refaire une carte de groupe sanguin, mais c'est fait, l'appel pour faire réparer la machine à laver fut passé. Celui qui est venu voir ce qui clochait s'est montré condescendant à souhait et j'ai -une nouvelle fois- regretté de ne pas avoir suivi mon instinct quand pour prendre rendez-vous j'avais déjà eu l'impression qu'on me prenait peut-être bien d'un peu de haut... La vie moderne, et pour l'instant je ne peux pas aller voir où en sont mes tomates ou mes groseilles, ou cueillir quelques fleurs pour agrémenter la table de la cuisine pour me changer les idées quand je me sens un peu piquée comme alors. Quelques rangs pour finir ce nouveau lapin au tricot ont fait un bon pis-aller. 

Comme l'an dernier à la même époque, les matinées étirées, entre tricots, livres, radio et cuisine, parce que rentrer à midi quand la table est mise c'est peut-être un peu vieux jeu mais je crois que c'est agréable. Maintenant je suis en bien meilleure compagnie, un grimpotant-marchottant en pyjama pas loin, les gling-gling des grelots qu'il agite et ses longues conversations, son air décidé quand une minouche ou une cuillère a éveillé son intérêt. Dernier week-end avant le changement de vitesse du train, il faudrait de l'eau entre nos pieds, du parquet peint en blanc... En fond en attendant, les canards sur le canal et une dinette dont il se sert comme une batterie. J'aime aussi. 



Presque midi c'était certainement l'heure d'un peu de baguette avec du fromage. Je suis la seule à avoir faim dans ces eaux là, et c'est souvent la sieste du matin de Pépin, alors sur le balcon l'assiette sur les genoux je suis seule. J'ai encore dans la tête le souvenir poisseux du livre d'hier soir, Mygale de Thierry Jonquet, une histoire qui donne envie de frotter très fort sous la douche pour l'oublier ou la mettre un peu à distance, au moins. Je suis bien plus commissaire Rovère. Flanelle me rejoint et se met à manger goulûment le romarin qui prend le soleil, je crois que quelqu'un aurait besoin d'une promenade à la campagne et de quelques brassées d'herbe pour se purger, ça m'arrangerait bien, réclamant d'aller cueillir des mûres à la maison depuis quelques jours...

Un joli ciel comme en vacances sur le chemin, et en arrivant le plaisir de découvrir le jardin complètement au soleil, à cette heure là aussi, et plein de couleurs. Les mûres ne l'étaient pas tant que ça, mais on s'est fait un copain dans les bois au bout de notre chemin, qui n'habite pas très loin. Ah oui vous êtes orthophoniste c'est ça? Les nouvelles vont vite, et j'ai déjà deux patients pour le cabinet! Il nous a raconté la dame triste de vendre la maison de son enfance et j'ai rougi. Les ruines dans les bois, qui étaient le coeur du village avant 1914, et l'église déplacée aussi. Dans la petite ville d'à côté il nous fallait voir un certain sépulcre, croiser quelques jolis chats et un magnifique golden au détour d'une arrière cour très dépaysante, toute de mosaïque vêtue. On avait des victuailles de notre nouvelle boulangerie dans le sac, celle jusqu'à laquelle on pourrait péripler le dimanche matin -sûrement même en vélo après un peu d'entraînement- et d'un magasin de thés et cafés d'où je suis sortie avec un oolong au caramel beurre salé absolument délicieux. 

Le soir le chien n'était plus que l'ombre de lui-même de tout ces pas et de toutes ces odeurs, et mon ventre était un peu plus dur qu'on ne l'aurait voulu à 7 mois de grossesse. Pfiou, au lit les mamans et les bébés, quelques mots à l'intérieur pour dire au bébé que demain ce serait plus calme, promis. Il m'a remercié d'une drôle de pirouette dont il a le secret, si j'arrive au terme de cette aventure sans côte fêlée ce sera gai! Un dimanche avec du tricot pour une petite Mina fraîchement arrivée, un lapin qui donne envie d'en faire des dizaines d'autres, et des mirabelles invitées dans une pâte à tarte au programme, me plonger dans quelques comparatifs de porte-fenêtre et le plan de l'électricité, ragaillardie par notre visite de la veille. 

33/52




"La" photo de la semaine, oui mais bon, on fait comment pour décréter quelle frimousse illustre mieux cette 33ème semaine de l'année? Pépin ces jours-ci, depuis qu'on est rentré, c'est tout ça à la fois. S'endormir presque debout à 23h (la tête sur le hibou  ça ne trompe pas Camille!) après n'être plus qu'une paire de jambes qui ne veut rien faire d'autre qu'expérimenter ce quatre pattes tout neuf et très efficace. C'est une tête un peu chiffonnée et quelques bouclettes, en grande et longue conversation avec cet adorable bébé dans le miroir, un peu à la façon de ces vidéos de gorille argenté face à leur reflet hum! Et quelques essais malicieux dans le "grand" lit, fatras de laine et de mouton inclus... Quelques moments de sieste, et un grand déménagement ce soir pour continuer à faire chambre commune tous les trois, tant c'est gai ce petit souffle la nuit et ce sourire au matin qui nous accueille. Si j'avais imaginé ça, cette chaleur comme si on vivait tous ensemble dans une même pelote de mohair. 

Le coeur a battu un peu plus fort quelques fois ces jours-ci, un peu bancale, une tête ou une paire de genoux coincée dans les côtes... Jamais propre, alors que je suis déjà si souvent habillée comme l'as de pique, même quand on croit être sortie du repas indemne! On mange tous les trois ensemble, la même chose, c'est très gai. J'ai cru devoir déshériter Pépin, mais mieux mixées il a finalement apprécié les lasagnes au chèvre et aux carottes. La moussaka aussi, et la tarte aux nectarines lui a fait plissé les yeux de bonheur. Oh le petit musée de goûts et d'odeurs qui se construit en lui! 

On a reçu une partie des devis pour la maison, et nous aussi on a plissé les yeux! J'ai voulu sortir tout de suite la machine à coudre pour nous bidouiller deux jolis bleus de travail, et me suis réconfortée grâce aux tutos du site de Leroy Merlin... Il va falloir qu'on apprenne ce langage, et à se faire entendre aussi, l'aventure!  Je cogite en agitant mes cinq aiguilles pour un pull un peu trop rose au goût de François, pour l'hiver des bébés. Ma grand-mère au téléphone me raconte les vacances d'été de ma mère au Touquet, comme une grande caresse dans le dos. Alors je fais passer, et c'est une grande ronde de sourires tout ça. 

32/52


Un peu floue, un peu la moue, mais nous avons -pourtant- passé un super moment -entre autres!- dans cette piscine à Nantes... Retour à l'état petit poisson pour Pépin, la mer était trop froide pour qu'on s'entraîne en Bretagne... 




Le téléphone sous les draps, en guise de capitulation. Le bébé dehors avait trop couiné dans son sommeil, j'avais titubé jusqu'en bas, et malgré mon application ne m'était pas rendormie... Bercée par les trois respirations qui m'entouraient j'étais pourtant bien accompagnée. Je ne sais pas si j'avais tres envie de retourner dans le monde des rêves, aussi, celui où pendant cette -pourtant courte- nuit j'avais giflé une collègue ou jamais pu entrer dans la chambre d'hôpital de mon père car il ne m'entendait pas frapper... Puis ces contractions depuis quelques heures, celles qui réveillent les sensations qui seront à jamais partitionnées en moi. Non, non, il faut attendre que les feuilles tombent pour ça, que la nuit arrive plus tôt, c'est encore le temps du dedans, lui sussure-je dans la nuit. Je respire, j'amène l'air tout en bas, je lisse mon front etc... Mais non! Et puis ce n'est pas si grave, très tôt le matin le jardin est aussi si vert, si beau, je prends quelques photos. Je fige les pommes et les pois de senteurs, et toutes ces autres variétés dont je ne sais pas le nom (mais ça viendra!). 

Après ça a été la route, on a dit à l'été prochain à nos hôtes et à la mer, avec ce petit frisson de savoir qu'on fera cette fois découvrir la plage à un autre petit bonhomme, alors que Pépin ira peut-être bien dans l'eau tout seul. Les années en forme de pas de géant... La route comme j'aime avec lui, la carte retournée et inspectée sur ses genoux, avec des détours pour un petit port et une crêperie, plus loin, vous êtes bien en amoureux là! Ah mais il y a aussi un bébé! C'est un peu ça, nos têtes à têtes à trois. Après ce fut la rencontre d'une maison-cocon et de ses habitants, de ces jours avec assez de rires, de petits pieds bronzés et de quatre pattes de soie pour se sentir drôlement vivant. 

Puis la grande grande route, pour le retour, un peu piquant bien sûr, quand on quitte des gens dont on aimerait mieux qu'ils vivent au bout de la rue. À la toute fin un joli spectacle, un ciel différent dans chaque vitre, bleu, rouge, violet, pour nous dire de ne pas trop grincer des dents de rentrer. Pas de mauvaise nouvelle dans la boîte aux lettres et un mot du notaire, petite marche de plus dans les escaliers du bonheur. Pépin a retrouvé avec moult gazouillis notre chez-nous, c'était touchant, je ne sais pas, ce petit symbole que sa vie est bien ici. J'ai eu envie de risotto, le chien n'a pas quitté le balcon, et lui a fait la sieste sur le canapé... tout est à sa place! 




Pas beaucoup de mots cet été, j'ai l'impression, enfin moins que ce qu'il pourrait naître de ces sensations si douces. C'est tellement le culte de l'instant présent, cette vie à trois, la vie mille fois plus, faire un pas de côté c'est manquer des choses, à coup sûr! 

On rit beaucoup, on a mal aux pieds car l'eau est trop froide, mais même Flanelle s'y jette, c'est vraiment l'été de tous les possibles.  Etude comparative des crêpes et de leurs divers accompagnements, qui ne me fera peut-être pas échapper au test pour le diabète gestationnel cette grossesse-ci... Hum! Beurre-citron ou confiture? On aurait envie de rentrer dans la maison directement, alors il nous prévoit des goûters sur le balcon, pour adoucir le retour. Enfin je trouve le nom de ces fleurs qu'on croise souvent et qui me plaisent, des agapanthes (que mon correcteur voudrait appeler des agaçantes, non mais!). 

Le soir, dehors et sans chair de poule, on écoute Alex Chilton et on rejoint rapidement nos livres. Le matin il est maintenant assis-presque debout dans son lit, je crois qu'en rentrant à la maison le berceau ce sera fini... Grandir comme des vagues, profiter et étirer l'écume. On s'agace en coeur des tournures de Michel Onfray, on aurait envie de chocolat chaud, bien qu'on soit sans lait ni chocolat... Un thé au citron nous consolera, et un bain dans une baignoire crissante de sable aussi.  

31/52


Cou et épaules rouges, un tricot incompréhensible recommencé déjà deux fois, un chat qui nous snobe et un chien qui cette fois-ci aime la plage. A trois dans la baignoire en rentrant le soir, des cheveux blonds encore plus blonds et des histoires policières lues dans des draps vert anis. Un rythme tout doux, en forme de vaguelette.