Des vacances au goût de bains trop courts, de pyjamas désassortis, de cheveux emmêlés, d'ongles de bébés noirs de chocolat. D'autres tartines de pesto, avec du comté en prime parce qu'on est gâté! Notre campagne avait l'herbe mouillée, et la mairie avait installé un sapin de Noël pratiquement devant chez nous. J'ai pris ça comme un tonitruant à bientôt! Je crois qu'elles se finiront sans qu'une moufle ne soit tombée de mes aiguilles, ces vacances, les heures bébés-endormis sont plutôt passées à décortiquer des devis et à parcourir des forums de bricolage...Ça nous paraît un peu long tout ça, mais je sais qu'un jour pouf ce sera fini, sans laisser aucune cicatrice. Je rêve sans tout à fait grincer un père en chemise à carreaux qui me dirait mais tu es folle tu ne vas pas payer ça ce prix là, viens on le fait je vais t'aider! Oh ça va, je sais que la vie n'est pas un (télé)film, je cherche seulement quelques respirations. 

Un sursaut et on se met à plancher sur le menu de demain soir, quand même! Avec de la sauce au poivre maison, il semble que c'est tout facile. Ma tante outre-manche me raconte sa chicken & ham pie à l'orange, la soirée au champagne à regarder les vagues par la fenêtre. J'aimerais y être, j'aimerais c'est vrai quelques jours sans être le capitaine à bord, que les minutes sur le canapé ne soient pas comptées. Ça aussi tellement, pouf, ça viendra et on aura l'impression que cette liberté nous aura jamais quittée. Les moments pêle-mêle: Pépin qui se fait raconter une histoire par une petite fille sur les toilettes, ma grand-mère qui me gronde de d'allaiter "encore" Odilon quand je suis si contente d'être passée au dessus des couacs de démarrage, Pépin qui goûte aussi au plaisir de caresser le duvet de soie d'Odilon. 

Ce temps entre deux agendas, un pied dans l'autre vie déjà. 2016, jaune-blanc-bleu-bordeaux, dit celle qui voit les chiffres en couleur. Du plâtre et des clous, des graines et de la rosée. De nouveaux patients, et un bureau au parquet qui grince. J'espère que mon coeur tiendra le choc de ces bonnes nouvelles. Je sais que ce sera une année sans perte, oh ça j'espère bien que la vie me le promet. J'espère tricoter de toutes petites mailles, et plusieurs fois par jour embrasser des joues rebondies. Ne jamais râler que nos coeurs battent si fort, être essoufflée c'est respirer. 

(Nous par Camille, ma paire d'yeux préférées pour nous regarder!)

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La veille une marche au soleil pour aller réceptionner son cadeau qui m'attendait au relai depuis quelques temps. J'avais plutôt fait la tête, je dois bien le dire, je me récitais les couacs comme une chanson, et ça n'aidait pas à relaxer mes mâchoires. Heureusement il y avait les aventures que vivaient Pépin, ça c'était facile de s'y glisser. Encore trop flottante pour avoir accroché plus d'une guirlande, même si quelques soirs le goût d'une bougie allumée m'a titillée. J'avais déjà reçu mon cadeau de toute façon, la perspective d'une visite pleine d'étoiles tout bientôt, continuer à broder notre chemin de conserve. 

Le lendemain une jolie table m'attendait au réveil. Petit avant-goût des prochaines années, le voir monter un petit train pendant que le chocolat chaud chauffait, et que je grignotais une part de bûche remportée d'hier soir... En quelques mots on se transporte au Noël prochain, les écureuils à la fenêtre (ils seront attendus de pied ferme!) et le feu dans le poêle. Des livres aux bruits d'animaux, un christmas pudding, mes mince pies tout fait maison (mince meat incluses, je ne suis pas peu fière!). Il n'oublie pas de mettre des chants de Noël et je pense à la tourte aux navets et aux carottes, peut être faire un peu de gravy pour l'accompagner? Dans les paquets toutes les déclinaisons de chocolats à la menthe, outre-manche on nous connaît bien! Un goût comme entourée du pyjama en soie bleue de ma mère, porté pour les grands jours. Pour me réchauffer les épaules il y a les messages des mamans-encore-là, et en retour les photos de mes souriants. L'étendard des coeurs qui battent coûte que coûte. 

Merry Christmas chers bienveillants! 

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Nez mouillés et petits noeuds dans les cheveux. c'est notre uniforme à tous pour ces 2 premiers jours de vacances. De la pomme matin midi et soir, avec de la crème pâtissière. J'en ai fait tant que j'aimerais un chouette voisin avec qui la partager. 

Odilon passe toujours une partie de la nuit allongé sur moi, son crâne duveteux dans mon cou, ses poings serrés sur ma poitrine. Il est tellement là et tellement collé que je ne le sens plus, je me suis déjà réveillée en sursaut en le cherchant à côté de moi. Alors qu'on était seulement plus qu'un à nouveau. Je crois que cette fin d'année aura ce goût là, du chaud, du doux, du fusionnel forcément.

Je tâtonne drôlement dans ce qui serait la traduction pratique de faire au mieux. Je me sens tiraillée entre ce que j'imagine être ce qu'il faut faire, les livres, les principes, et cette satanée réalité pratique. Mes 2 mains si pleines, mon homéopathie à gogo sans effet pour la 1ère fois, ses siestes si paisibles quand je rajoute un DAL de lait artificiel à nos tétées. On dirait que j'ai peur de décevoir mes bébés. Et les autres aussi peut-être bien. Est-ce qu'une vie de gâteaux faits avec amour compenseront ces allaitements bancals? Je rêve que je dis mais tu ne vois pas comme je suis lésée, et je crois que quelque chose de très ancien se revit dans ces épisodes chaotiques de nourrissage. Sur le pas de la porte la nounou rend tout ça plus léger, quel cadeau!

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De tout petits mots et une compote sur le feu. 

J'ai du vérifier la date plusieurs fois mais si, on dirait bien que c'est ça, la 49ème semaine de l'année. Et en plus, en retard! Les paquets pour les mamies tout à l'ouest et outre-Manche sont prêts à partir. Le cadeau d François commandé, mais je n'ai pas encore trouvé de buche qui me donnerait envie de passer l'après-midi en cuisine. Je n'ose pas offrir un bocal de mince meat sans l'avoir goûtée. 

On mange une jolie chicken pie, presque trop pour être découpée, et on n'a pas encore goûté le gâteau aux pommes et aux noix parce qu'il préfère manger des chocolats pour le dessert. Je ressors en larmes d'un rendez-vous chez une pédiatre, et le temps de sécher mes joues j'allaite Odilon dans la nuit, dans la voiture un peu froide, en écoutant une jolie musique dont je ne retiendrai pas le nom. Qu'est-ce qu'on est feuille de papier pendant ce fameux quatrième trimestre de grossesse... et culpabilisable à souhait. Heureusement il y a les mails aux amies, leurs retours chauds comme des tisanes d'hiver, les mots de mes sage-femme aux si longs bras qu'elles semblent pouvoir faire dix fois le tour de mes épaules avec. 


Vacillements. Mis bout à bout ces instants de sommeil qui ont fait ma nuit... peut-être 1h30. Pas assez pour que ça ne tourne pas quand je me lève, pour que je remarque le ciel bleu. Ça me demande un peu plus de discipline de prendre les choses comme elles viennent, et je suis submergée d'une rage que je ne savais pas cachée en moi quand je découvre les bêtises du chien dans la cuisine et l'entrée...je voudrais qu'une doublure vienne assurer les étapes du petit matin, seulement le temps d'un bain, que mes mains cessent de trembler. Le plus petit des bébés est rouge et froissé, comme s'il venait de naître. De la liste des choses à faire, je coche toutes celles qui peuvent se faire à une main. Je mets mes mains devant mes oreilles en pensée quand je croise une collègue, tu as maigri non? Ou alors c'est juste parce que tu es fatiguée, et quand les copines sont trop loin pour que ça fasse l'effet d'un câlin. Cahin-caha on y arrive, je pense même à mettre du fenugrec dans la tambouille au potimarron. Pépin est au lit et je guette François, presque à travers la fenêtre, pour enfin une petite bulle dans la journée. Mettre la tête sous l'eau, ne plus être là, quelques minutes seulement. 

Le lendemain toute neuve à nouveau. Pendant un des réveils j'ai la chance de voir la rue pleine de paillettes de froid, et un peu plus tard un ciel rose de petite fille. On marche sur une never-ending liste de choses à faire, de la broutille à l'impératif, on n'est pas trop de deux pour trouver des respirations là dedans. Heureusement les âmes amies-aimées viennent, prennent mes bébés sur leurs genoux et dans leurs bras, donnent le dessert ou un verre d'eau. Mes mains n'ont plus qu'à caresser le petit dos du chat qui se nourrit, et une chose à la fois de temps en temps c'est un grand cadeau. 






Goûts de tarte aux blettes et aux navets. J'ai à nouveau envie de gâteau au chocolat blanc, je passe mon temps à noter la recette sur des petits bouts de papier, pour la redemander finalement. Et dans mes demi-sommeils de nuit j'ai des idées comme faire imprimer mes recettes fétiches sur du carrelage pour ma future cuisine. Ou je pourrai les peindre? Ou avoir au moins une jolie boite de recettes, en bois, un truc à se passer de mère en fille. On se couche hier soir dans une odeur de pie aux pommes et au caramel au beurre salé (un peu liquide mais c'était la première fois), mais ce matin il ramène des croissants de son heure de conduite, ce sera pour le thé... Marre de mon tilleul, d'une promenade (dont je reviens épuisée comme si j'avais 120 ans et oublié mon déambulateur quelque part) je reviens avec du rooibos de Noël dans mon sac. La maison n'est pas encore assez rangée pour que les décorations de Noël soient sorties, mais le sera-t'elle à temps?! Il faudrait dresser Flanelle à ramasser les croquettes que Pépin sème dans toute la maison, ce serait déjà un grand pas! Je relis le cahier de ma naissance, j'ai de la peine pour le bébé que je fus, pour ma mère peut-être trop cérébrale pour se laisser aller à moi peut-être... Je n'ai aucune idée du regard qu'elle aurait posé sur moi en tant que mère. Il y a tant de choses floues. Je voudrais faire une virée à la maison pour en ramener des branches de sapin, en revenir avec les mains froides et des images de notre prochain noël là bas. Pas de calendrier de l'avent, mais quand même un plaisir par jour... 

48/52



Mes bébés tout terrain. Odilon se déplie et se détend, et répète pour son premier sourire. Il dort volontiers 5 heures d'affilée depuis quelques nuits, et ce sont ces nuits là dont je me réveille le moins bien, si c'est pas bancal, ça... Pépin grimpe, grimpe, grimpe, que ce soit sur le chien ou les chaises. Il descend et monte les escaliers tout seul quand on sort ou rentre, et ne s'arrête jamais volontiers... Très triste que nous n'habitions pas au 7ème sans ascenseur! (c'est bien le seul!). On me demande s'il ne marche toujours pas, et nous en catimini on se dit que ça nous manquera ce quatre patte si adorable (et efficace!). 

Nos sorties sous la pluie, moi mal emmitouflée, parce qu'une fois que tout le monde est prêt je n'ai plus guère le courage de lever les bras une fois encore pour attraper une écharpe ou un bonnet. Cette période tourniquante de ma vie où je peux déjeuner d'une tartine de pesto debout, en allaitant, sur un reste de pain dont j'essaie de faire comme s'il n'était pas rassi. Ces temps de vie comme les photos de ma plus belle exposition. Je suis surprise quand il m'embrasse ou laisse sa main sur taille une seconde de plus. J'oublie de manger, j'oublie de le regarder, mais je me laisse aller, je fonds dans cette parenthèse maternelle. 

Pendant quelques instants de lucidité j'envoie chez l'imprimeur des cartes de visite pour mon grand saut, je ne fais pas que des bisous mais je change aussi des couches, et je paie même le loyer. Je compulse des patrons de moufles et de mitaines, sans même me dire que ce serait plus raisonnable d'en acheter une paire. Je suis folle de cette maternité, mais je pense encore à parsemer cette fin de curry au potiron de graines de lin. C'est le beurre, l'argent du beurre et tout le reste cette vie là.