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Les champs et les prés sont blancs, et ça faisait déjà plusieurs matins qu'il me fallait gratter la voiture. Plus tôt, toute seule à la table, je m'étais réjouie de manger ma tartine (beurre demi-sel et groseilles) en voyant le jardin plus autant sous la nuit que les jours précédents. L'imper à fleurs était remonté et j'avais descendu mon duffle coat en échange. Plus tard depuis le cabinet où le chauffage est en panne je l'appelle pour le supplier de venir me déposer un radiateur en bonus, c'est vraiment une torture ces journées chair de poule qui passent d'autant plus lentement. J'y gagne un pain au chocolat et l'attention fera glisser plus vite les heures un peu trop pleines. Je signe quelque jours plus tard pour un bonus ni très raisonnable ni très essentiel dans la future salle d'attente, avec une grande joie. J'ai envie que les gens soient heureux de venir! J'en serai presque à compter les heures tant j'ai hâte, sur les petits papiers on décide du sens du carrelage, et le canapé, il tiendra là? 

Autour de la table, des cartes et des tasses tout éparpillées, je me demande à haute voix ce qui serait pénible dans leur vie. Je suis contente d'avoir à lui demander, lui, s'il trouve quelque grain de sable dans leurs vies? A 1ère vue non, pas d'évènement récurrent qui fait râler, et c'est quand même bien joyeux de se dire que le quotidien ne râpe pas. Plus haut, dans la vie de grand je peux trouver plus facilement, c'est l'usure peut-être? Pas déjà si? J'aimerais leur dire qu'il n'est pas obligé qu'il en soit ainsi pour eux. Les grincements de dents, de nuit yeux ouverts ou d'empathie moins moelleuse au travail en ce moment. La douceur en échange c'est les livres de recettes qu'on regarde au lit le soir lui et moi et les bains à la pistache. On se dit qu'on aura toutes les branches qu'il nous faudrait pour le calendrier de l'avent dans le jardin, j'ai hâte de ressortir les emporte pièces. 

Je nous fabrique une potion magique délicieuse, elle rejoint les baguettes, le beurre et les sacs en papier qui causent très doux moments et petits doigts qui collent. Je suis heureuse de ces matins où tout est confortable, des mots jusqu'aux tartines qu'elles soient grillées ou pas, au Nutella surmontées de confiture au citron comme dans l'assiette d'Odilon qui n'est pas à une gourmandise près...  Les matins qui suivent sont plus solitaires mais aussi potionnés, trop contente de ma trouvaille et de son goût encourageant et réconfortant à la fois. J'y retrouve le gynécée plein de mots et de câlins d'enfants. Je rentrerai plus tôt qu'eux (rarissime!) et je ferai le chou rouge au bacon et aux pommes dont j'ai la recette en tête. On parle gaufres par messages, on a été reçu chez des copains avec une version à la citrouille, il me rappelle mes "envies cracra" précédentes, les gaufres toutes rectangulaires au "fromage" (sic), dans une presque autre vie. Ils se moquent de moi quand je raconte mes fantasmes de chicorée et de yaourts après chaque repas, de tartines de margarine. Mais si vous savez, ce côté rassurant! Comme des souvenirs d'enfance trafiqués. 
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#42








C'était son anniversaire et j'avais réclamé Etretat. On avait un peu besoin d'une pause à 4, dans les cinq jours montagne-russes. Et il faisait beau, et on avait faim. Sur la route on a dit quelque chose comme on est bon en excursion nous non? qui racontait comme on avait du plaisir à être sur la route, à guetter les bas côtés et les maisons dans lesquelles on peut imaginer de drôles ou de jolies vies. On s'est demandé quels goûts auraient ces paysages à Noël, sans être sûrs de s'y projeter vraiment. Il est tard mais pas encore assez pour ne pas avoir envie de moules, et même d'une soupe de poisson, non? Odilon mange la rouille avec les doigts et le pain est si bon qu'on oublie de le tremper dans nos bols. On n'a plus trop de place pour les moules mais leur odeur de cidre est bien tentante malgré tout. C'est son anniversaire et il n'a toujours pas décidé de son gâteau. Je vote pour une tarte tatin, c'est trop le pays du caramel pour ne pas en avoir envie. De la crème fraîche aussi, tiens. On partage une grande maison devant laquelle je ramasse un énorme sac de châtaigne, aidée des garçons. Les germées sont mises de côté pour la maison, même si on m'a dit que les châtaigniers, par chez nous... 

J'étais à Lille un peu avant, sous la pluie, chaussée de mes bottines préférées qui glissent. Je m'ennuie un peu à la formation pour laquelle je suis là, ou plutôt je suis un peu ennuyée de ne pas partager les raisons qui nous y amènent avec les autres. Puis la salle est trop petite, et les jeux de rôle trop nombreux me font un peu plisser le nez. Le midi je file aux bonnes adresses que j'ai repérées. Je suis invitée au restaurant et ça flatte la mamie à qui ça n'est pas arrivé depuis longtemps que je suis. Je glane une tarte à la raclette et aux patates douces à manger dans ma chambre le soir, des Christmas issues de magazines britanniques sur les genoux.  C'est agréable mais un peu mélancolique ces beaux pavés brillants, j'ai mal aux mains de porter tout ces sacs et un peu trop mangé je crois. La suite des montagnes russes c'était un gros trajet en train pour les rejoindre, sans trop me forcer ça aurait pu sonner comme une grosse pause tricot. Mais les gens étaient trop nombreux, la barre sur laquelle je me suis cognée la tête deux fois trop dure et les toilettes trop fermées. 

Toute la grande journée bureautée j'ai envie de soupe. Le froid de mes mains appelle un bol à tenir comme un totem. Je sais qu'une sucrine et un butternut attendent sur le plan de travail, et peut-être que les trois petits poivrons auront rougi. J'entends mon tricot sur les genoux les gens s'expriment avant de penser, les mots sont spontanés mais pas pensés, évoquant la différence entre un livre et ce qu'on peut jeter comme mots par ici ou là bas. L'autre moitié de la butternut devient une tarte, je malaxe la pâte avec sa cuillère à soupe de vinaigre de cidre pendant qu'ils travaillent autour des grandes lettres rugueuses. D'un coup ils ont remarqué qu'elles étaient partout, les lettres, et il n'y a plus que ça qui compte. C'est mercredi! qu'ils disent en pointant un doigt enthousiaste, voulant dire qu'il y a écrit quelque chose. On suit les envies, sempiternel crédo. Les envies de beige et de rose poudré, moi qui était si vert, bleu et jaune. De famille et de retrouvailles. Les petits matins stollen et thé noir à la fleur de sel, assez bon pour effriter mes bonnes résolutions tisanières, encore des bonheurs de doigts qui se réchauffent, je me dis aussi qu'il faudrait quand même que j'apprenne à faire du feu dans le poêle. Mais c'est un peu le même plaisir que de se faire inviter au restaurant, de se faire proposer un beau grand feu. 

#41



















Je rentre et on me saute dessus, on est allé dans le chemin! Ils ont trouvé le menhir dont on était parti à la recherche pendant une grande promenade aux feuilles qui craquent il y a quelques temps. Ils se sont perdus, un peu, mais ils l'ont trouvé! Vite la tisane, et avant que je me demande si c'est bien le moment ou pas j'y trempe un pain au chocolat rescapé de leur petit déjeuner de fête. Rha, gouttelettes de panique de ça y est je sais pas faire je vais tout gâcher. Si je prends du recul, je ne vais pourtant pas tomber de la falaise? Fatum et compagnie, c'est comme décider d'avoir le droit de n'être pas une cruche en jardinage, ce dont j'ai pris conscience les mains dans la terre il n'y a pas longtemps. C'est dur de faire vivre les gens par leurs bonnes ondes seulement. Surtout ceux de la trempe un peu bancal!

Un couinement, ou deux peut-être quand même, et j'ouvre les yeux. Il fait nuit mais l'éclairage est allumé, ça veut dire tôt mais pas trop pour qu'il faut que je travaille à me rendormir. Je vais pouvoir faire les crêpes avant que tout le monde se lève, et peut-être même mettre les confitures et faire une jolie table. Debout avec ma tasse je rédige la listette qui m'empêchera de trop froncer les sourcils, ma tête étant toujours un peu froissée ces jours-ci. La cuisine a encore l'odeur de la soupe de sucrine et d'aubergines et de la salade de lentilles, corail cette fois ci, étant rentrée tard et affamée, aux raisins, cranberries et oignons rouges, ma préférée. On en mangera les restes avec des tartines et du pain aux graines en rentrant du poney tout à l'heure, avant de faire la cérémonie d'Odilon, ressortir les arbres des saisons et le soleil. 

J'adore ces soirées en ce moment, alors que ma tante est là. On en oublie même de mettre de la musique. Ça sent le sherry, smells like Christmas!, Belinda casse des noisettes avec le presse-ail, elles sont brillantes et juteuses mais c'est si long qu'on se retient tous d'en grappiller dans le bol. Le beurre et la casserole de chocolat fondent sur le poêle, pendant que je mesure le cacao et que les raisins ont bien gonflé. Ils ont fait les muffins aux carottes et aux baies, je crois bien qu'on sera prêt. On fait les cartes, pour l'arrivée et chaque année d'Odilon, en se creusant la tête pour choisir les photos et les mots qui le racontent le mieux selon les mois. 

Il faut qu'on mange cette moitié de potiron avant de partir, sûrement au four avec du paprika et du sirop d'érable. J'ai deux jours presque seule à Lille pour une formation, puis je les rejoins en Bretagne, puis nous filons voir ma grand-mère, le lendemain nous rentrons, pas trop tard j'espère, car le jour suivant j'ai une énorme journée au cabinet sans pause... Pour l'instant cette pile de plaisirs me durcit un peu les mâchoires de fatigue à l'avance, mais une fois dans le tourbillon je crois que j'y trouverai beaucoup de bons moments. Et si je me laisse un peu faire j'y glanerai peut-être même un brin de repos, qui sait! 

(ps: l'appareil photo revient prochainement de sa cure thermale réparatrice, des vraies photos bientôt ouf!)

52 portraits #40








Oh la la, bien sûr! La veille nous avions choisi les mots et les photos pour lui raconter ses années, décidé de faire les gâteaux avec lui. J'ai étalé le glaçage qui n'avait pas encore été mangé à la cuillère, et décidé d'en faire des cupcakes plutôt qu'un gâteau à étages. On a trouvé le rythme de la chanson, ce qui n'était pas évident à la 1ère lecture. C'était facile et beau de passer une journée dans la joie, les pancakes et la table d'accueil avec ses petites choses et ses mots qui le célèbrent. On met ton beau pull rouge? J'avais bien envie qu'il soit dans du amoureusement fait maison. 

Quand je pars il fait nuit, mais au bout de quelques villages derrière la lune le bleu se fait plus clair. J'espère que Pépin et Odilon ne la rateront pas totalement, endormis qu'ils sont, car ce tout petit croissant et son gros rond que l'on voit en transparence derrière, c'est vraiment joli. Ma tante est arrivée d'Ecosse dimanche soir, et après notre très beau lundi c'était plus que frustrant de partir tôt sur la pointe des pieds. Avoir une idée de leur programme de bonheurs c'est un peu consolant. Hier grandes balades au soleil, dans la voiture je me suis endormie, c'est assez rare pour être délicieux. On a mangé de la soupe et des tartines au chutney de rhubarbe (fait en Ecosse cet été justement) et au chèvre passées au four. Le soir est vite venu, pas vraiment besoin d'un feu malgré le paquet de chamallows. C'était tentant d'aller vite se coucher, petite semaine buissonnière de notre chambre a à nouveau s'endormir en se calant sur leur respiration. Puis ce sont les draps fleuris rouges, et c'était bien le moyen d'arriver vite aux retrouvailles le lendemain soir. 

Dans le magazine qu'elle a ramené on a trouvé la recette pour le gâteau d'Odilon jeudi. Il nous reste du sherry, ouf! Et des raisins qu'il aime tant, et même si c'est pas marqué des prunes comme j'en avais congelé. Dans quelques jours on ira chercher de nouveaux arbres à planter dans le jardin. C'est bien la saison de l'enracinement et des graines, dimanche on est rentré d'une journée chez mes profs de yoga chargés de fleurs et de fruitiers. J'avais prévu de ranger mais c'était bien plus tentant de parcourir le jardin à la recherche du meilleur endroit pour ces iris ou ces pêchers, entre autres! Pépin m'aidait pendant qu'Odilon continuait à dormir dans la voiture, et François, je crois, n'avait pas abandonné l'idée de ranger. Il y a des petites averses de panique, par-ci par-là, des gouttes au nom d'agenda, de patience qui se fait la malle au boulot alors c'est plus nécessaire qu'une paire de bras là bas, la peur d'oublier ce qui ne serait pas marqué. Bon, c'est filer la métaphore à pas d'ogre, mais le parapluie a quand même de belles couleurs... 

52 portraits #39









On se relaie sur la chaise verte, en haut. Quand j'y suis j'ai l'impression d'être une surveillante d'internat revêche, en mode poireau sur le nez et chemisier noir boutonné jusqu'en haut. Ils n'arrivent pas à se laisser aller au sommeil alors on fait office de rappel géant du temps où les petites jambes s'arrêtent... Pour les siestes ça va, la lumière n'empêche pas le tricot ou la lecture, mais le soir c'est un peu plus terne. Quand on descend enfin ça a forcément un peu le goût de fête, voire de triomphe! Ça dort! A nouveau la mini vie du soir peut reprendre, travail, préparation du petit déjeuner du matin (avoine, chia, pommes et raisins. Et cannelle!), papiers de listes. L'oeil sur l'heure pour avoir le plaisir d'être raisonnable. Il faut, ma tête est plus que dans les nuages. A un papa qui dépose son fils pour la séance je dis à la semaine prochaine, oh euh, tout à l'heure! Même s'il n'avait pas l'air contre une semaine de baby-sitting, d'ailleurs. Des bonjour à la place des au revoir, non vraiment pas tout à fait là. C'est qu'il me faudrait rentrer vite à la maison, j'ai de la chaux à faire (qui s'avèrera être plutôt un désastre) et un gaufrier à étrenner. On a bien du sirop d'érable hein? Et les bisous n'en parlons pas. 

Au lit, seule pour un petitpetit temps je commence "Walden", avec un goût un peu honteux, comme si je découvrais Nirvana à 22 ans. Ma liste intime de ce qu'il faudrait avoir lu pour... (cocher la case/ être digne/ parce qu'il faut). Bref, non, Thoreau, jamais mis les yeux. Et mazette je comprends pourquoi! On ne peut pas tout mettre sur le dos d'une traduction cahin-caha... Je relis plusieurs fois chaque phrase de ce discours à haute voix, je cherche les virgules pour respirer... Après quelques plissements d'yeux je feuillette et cherche le nom d'un chapitre moins hostile. Bon. Je me souviens que mon oeil aiguisé d'adolescente lançait des piques à ma mère, "grande lectrice" aux Colette et aux Prousttuttiquanti plein la bibliothèque (et prof de français, hein) qui s'enfilait des romans policiers qu'elles faisaient tourner entre amies, comme si elle avait abandonné quelque chose. Peut-être que je suis passé dans ce camp mamanesque. 

Avant de partir je lui apporte ce petit paquet chaud d'Odilon au lit, bébé tout souriant de ce bonus matinal. Tout est vécu comme délicieux chez ce petit, c'est très communicatif. On a reçu un colis de Russie! Chouette, pile à l'heure pour les anniversaires, ces arbres en bois qui racontent les quatre saisons. J'ai la tête là dedans, ces journées très spéciales, je suis assez émue. Octobre aux quatre anniversaires, ça met dans le coeur et la maison une ambiance chaude et souriante, que l'on gardera au chaud pour nous entrainer doucement vers noël. La cuisine se fera en musique, le carrot cake et la purée aux herbes et aux oignons, j'ai La gloire de Bernard Lavilliers dans les oreilles, beaucoup. Tiens encore une mamanification, ma mère était je crois à moitié amoureuse de lui. Moi je n'oserais pas. Ça vit, tout ça, non? D'ailleurs son compagnon m'a enfin rappelée, oh ce que ça va en panser, des choses, et laver la honte qui est comme une mélasse entre mes mains. De la mélasse VS des ailes, que me cousent ces cadeaux: une robe repérée cet été en Ecosse maintenant bien méritée, fleurs et tout ce qu'il faut, et ce coup de téléphone canapéien qui met les miracles en mots, avec celle qui dans son coeur-boîte aux trésors garde au chaud mes meilleurs moments.