On change d'endroit et sur la route ce sont les couleurs qui nous sont maintenant familières, et des tâches de pourpre qu'on n'avait pas encore vues. Premières vaches et toujours ces champs de moutons. On s'arrête souvent parce que c'est irrésistible, les garçons ne dorment plus en voiture, en perdre une miette ce serait dommage doivent-ils se dire! Ils guettent le moindre bateau, et l'eau n'est jamais loin ici c'est sûr. De nouveaux mots s'ajoutent à nos journées, tout devient cascade et fougères

Je ne conduis pas, je rêvasse à gauche, à droite. Je fais des listes qui s'essoufflent vite, je me dis je suis bonne à...et je creuse:  passer aux feux oranges sans ciller, à oublier les dates et les lieux. Les noms aussi. A passer d'une chanson pour rire à une chanson uber symbolique, à cueillir LA fleur qui rendra Odilon heureux pendant toute une promenade; A tourner une phrase negative en une affirmation positive. A rendre cosy le moindre morceaux de moquette. Et voilà au bout de cet énième virage je n'avais plus rien sous le coude. Je n'ai pas osé profité de la descente de cette montagne pour penser aux "pas bonnes", et de toute façon on a dit que les phrases négatives sentaient le pull qui gratte alors. 

Ce soir c'est moi qui faisait la cuisine, j'avais envie de ce grand temps toute seule à découper, râper, goûter. La bande-son c'était Al Stewart et c'était bien. J'avais envie qu'ils goûtent notre pizza aux carottes rôties super bonne... d'habitude. Un goût d'épisode de Top chef où celui qui stresse gâche tout. Ici j'ai fait cuire la pâte sur un papier d'alu qui a comme fusionné avec à la cuisson, moments magiques à gratter les petits bouts argentés sous les parts, aspect atroce dans les assiettes! La honte, un peu. Je ne sais pas quelle recette je vais dégainer pour rattraper ça, s'ils me laissent retoucher au four... Le risotto poires, noix, gorgonzola pourrait leur effacer la mémoire peut-être, même si ça n'est pas vraiment de saison...







Pluie puis non, puis un peu, puis on s'en fiche! C'est un peu la mer, c'est vrai oui, c'est un Loch, alors ils répètent, répètent, répètent, il a bon goût ce mot. On imagine de nouvelles histoires derrière ces petites maisons délicieuses, est-ce qu'il n'y aurait pas presque une odeur de cherry bakewell tart derrière cette fenêtre? Je m'applique à bien retenir toutes les petites choses qui me plaisent tellement dans ces jardins, les cercles fleuris comme ci, les allées dans ce sens ou dans l'autres, ou les fleurs grimpantes d'un côté et l'arbre fruitier de l'autre. Je ne sais pas trop par quoi ça commencera mais il y aura des touches d'Ecosse dans le jardin, c'est sûr. 

Je fais un rêve d'accouchement absolument fou. C'était la 1ère fois que j'en rêvais d'ailleurs. On allait à la maternité beaucoup trop tôt pendant le travail (je suis arrivée 1h avant pour Pépin et...10 minutes avant pour Odilon), la sage femme libérale avec qui je devais accoucher était à un tournoi de quilles (sic) dont elle nous envoyait la photo en nous disant "mais je penserai à vous amusez-vous bien!". Celles de l'hôpital m'interdisaient de marcher et voulait m'attacher le ventre, alors je disais à François "ah non on repart, je peux pas accoucher si je marche pas, on appellera les pompiers au dernier moment au pire!". J'avais un moment de panique parce que je me rendais compte qu'on avait un prénom pour une fille (le vrai d'ailleurs qu'on a en tête si on attend une petite fille un jour) mais pas pour un garçon -ce qui est le cas aussi et ça m'embête-! Voilà voilà, les rêves imbroglio qui semblent me laisser plus fatiguée au réveil qu'au coucher. C'est ma deuxième vie, comme me l'a fait émerger mon amie-soeur. 

On a rempli la voiture et pris des chemins dans des chemins qui m'ont fait faire quelques embardées, c'était trop dur de ne pas tourner la tête pour cette cascade, ou ces plis de montagne du vert au violet foncé. Dans la petite cargaison à l'arrière mes trois sacs en tissus ici pour trois projets de tricot différents. Mais je ne sais pas si j'en suis même à la moitié du premier. Pourtant les soirées sont canapé-iènes, mais courtes, vers 22h je dois résister à une dernière tasse de thé et je guette le moment où mon monsieur couche(plus)tard se laissera tirer vers le lit. Je n'aime pas particulièrement ce tablier de petite fille que je porte en ce moment, mais me coucher seule me colle une boule au ventre que les baisers de bonne nuit font bien fuir. La robe de nuit en doudou, l'oreiller ramené depuis la maison, une bouillotte quand j'ai le courage, oh oui j'envie presque les sacs à dodo des enfants et leurs rituels, je ne suis pas sûre que je me rebifferai beaucoup si on me racontait une histoire et qu'on m'expliquait pourquoi on m'aime tant... Je nous imagine famille de renard lovés dans leur terrier, c'est une cuillerée de sirop magique. 







A la radio il y a forcément une chanson à chantonner. La route est parsemée de là, là, là, regarde! Un peu le bout du monde, mais d'une façon joyeuse. Un immense pull en jacquard douillet, parsemé de petits pois blancs et noir, les moutons qui nous tolèrent sans forcément tourner la tête. Des torrents en cerise sur le gâteau, car on n'aurait même oser en imaginer, c'était déjà parfait comme ça. Au bout du chemin, le château que j'avais réclamé en jouant les fans, Balmoral (la reine, et tous les autres d'ailleurs, y passent l'été). Will it be Versailles like? Non, bon, pas vraiment. Les roses étaient belles, et l'écureuil qui nous a accueilli très agréable à regarder. On y a fait un pique-nique, les bancs encore un peu mouillés, des petits pains avec du thon et du concombre. Le thé était trop brûlant, comme toujours. François a trouvé le carrot cake de la reine moins bon que le mien, ce qui m'a fait plus sourire qu'une demande en mariage (ou presque, je n'ai vécu qu'une des deux options). Les enfants ont été appelés les petites princesses, mais ont surtout filé sous la Bentley qui traînait par là, oups. 

En buvant un gin, eux pas moi, on a regardé les cartes dépliées. Je demandais et là c'est comment? et comment est-ce qu'ils parlent? Autant pour amuser ma tante qui adore sauter d'un accent à un autre que pour être bercée par de nouveaux sons. J'ai eu le droit d'ajouter des graines de lin au coleslaw, et Odilon a fini les baked beans. Ils commencent tous les deux à le dire et c'est tout à fait fondant. Demain matin les crêpes remplaceront les toasts, la pâte repose au frigo. Bribes par bribes, j'ajoute des petites couches à l'histoire, tante Iza devant l'île d'Orkney, le nom du labrador de ma grand-mère, les frères et soeurs australiens... Les canapés sont larges et moelleux, et le même livre peut y être raconté plusieurs fois de suite. Ils entendent nos rimes en faisant bouillir la théière. On entend presque le bonheur rebondir d'un mur à un autre.










J'avais prévu une sieste mais le courage m'a manqué. Au lieu de m'écouter moi j'entendais les chants et les rires en bas et je n'ai pas réussi à me laisser aller, trop pressée d'aller chiper ma part de sourires. Le sommeil n'est décidément plus un refuge pour moi, c'est eux ma cabane. S'endormir c'est surtout vite faire venir le lendemain pour l'instant. Bientôt, dans pas longtemps, je ferai le petit effort qui me fera voir les choses autrement et allegera un peu mes paupières. Le cadeau, à la place, ce fut une immense douche assez chaude pour me laisser les joues rouges longtemps. En face de la douche un miroir à qui je n'ai même pas tourné le dos.

Avoir des témoins de ce qui s'appelle la vie pour nous c'est tellement bon. Ça rend la joie bien plus réelle. Oui on se câline comme ça, oui le matin nos habitudes à tout les quatre c'est ça, oui ça c'est ce qu'ils adorent et ça oui c'est vrai qu'ils aiment moins. Et vous, c'est comment la vie? Pendant que j'avance sur ma baby blanket porte-bonheur la sauce avance dans la casserole. Non vraiment they dont need a hand, alors je me lève seulement pour changer d'album. Le motif se dessine et je me dis que l'envoyer d'ici ça ajouterait des brins d'espoir à sa douceur.

On a retrouvé la chambre-radeau pour un temps ici, les petits souffles qui bercent, le matin qui commence ensemble sans qu'on sache trop qui a ouvert un oeil en premier. Ça m'embête un peu de ne pas pouvoir grappiller quelques pages avant la vraie nuit, c'est bien la seule rature du dessin. Chaque promenade à son bouquet, et chaque sortie ces bavardages avec quiconque que l'on croise sur notre route. Je cause marmelade avec une dame au rayon confiture ou toboggan avec cette autre à la piscine. Ça vient de là alors! me dit-il, moi qui copine avec celui qui restera plus de dix secondes à côté de moi s'il le sourire facile. Je n'avais même pas oser penser avoir des racines quelque part et je formule un oh surpris, mal articulé. Dans quelques jours ce oh ce sera sûrement adouci, sonnera plus chantant. Vivement, même si aujourd'hui c'est très bien aussi. 





Odilon mange des betteraves toutes pimentées, sa petite langue violette le ferait beaucoup rire avec une joie de l'instant présent qui ferait baver d'envie beaucoup de yogis, très certainement. En face Pépin se fait glisser des petits morceaux de poulet de pommes de terre dans la bouche, lui il n'aime pas la betterave. Il a un teint qui me plaît tant que jai du mal à m'arrêter de le regarder. Plusieurs fois dans la journée je me suis arrêtée, un peu bouche bée devant ce qu'il est, me disant que c'était moi, nous, qui avions créé le passage pour qu'il arrive sur terre. Je ne sais pas combien de chatons j'ai du sauver dans une vie antérieure pour mériter ça, en tout cas je suis amplement remerciée. A la table de pique nique devant notre maison pour un petit temps je sentais, tout petit peu par petits gestes et mots les habitudes se créer entre nous. La proximité se tricoter, les vies s'entremeler en vrai. Peut être que c'est normal, commun, mais dans notre vie il n'y a pas de vacances avec les grands-parents ou en famille, si ce n'est celle du coeur. Alors ici écouter les liens du sang se chanter et se murmurer, c'est vraiment très fort à vivre. Je suis consolée.

Le poulet avait cuit pendant la deuxième grosse balade de la journée. On y avait trouvé un autre très généreux endroit à framboises sauvages, j'y retournerai demain matin pour garnir le saladier qui attend d'être confituré. On n'avait pas fait l'expédition prévue parce que les enfants avaient fait une sieste qui disait que ces jours essoraient drôlement le coeur et les jambes, les arrosant de tant de joie et d'amour. Le boucher du village vend du black pudding maison et des pies qu'il nous faudra goûter, et est-ce qu'on n'avait pas parlé de nos croques monsieur verts aussi?

#29














C'est la saison des articles à mille photos...! Et la joie qui donne l'impression de ne pas pouvoir être aussi bien racontée que ressentie dans les joues et le coeur. On a passé un voyage complètement fou et plutôt atroce, un peu improbable aussi. Refoulés à une douane (dans le pays qui a une dent contre moi, la Belgique). On nous a dit tentez votre chance à Calais! Aller ouste, d'autres douaniers à amadouer, et un voyage qui prend une tout autre forme. On a bien essayé de dormir dans la voiture, mais non vraiment, on n'avait plus l'âge (d'ailleurs moi je ne l'ai jamais vraiment eu, dame bouillotte que je suis). Puis cet hôtel, le huitième, à 3h et quelques du matin a fini par dire que si, si, lui il avait bien une dernière chambre de libre, alors d'un coup les mâchoires se sont desserrées un peu. Puis conduire à gauche c'était drôle, et à la radio les chansons culculs nous faisaient sourire. 

Le soir des vacances, la veille, était un peu moins enthousiaste que je l'aurai cru. Il y avait bien eu cette glace en rentrant, à la menthe et au chocolat, mais je l'avais plutôt mangée en grommelant, et la machine à laver qui trouvait que c'était le bon moment pour clignoter, et ma cheville pas guérie, et oh non je déteste le bruit de l'aspirateur. Je m'étais vite mise en cuisine avec l'objectif pique nique. D'abord les gâteaux au beurre de cacahuète et au chocolat, pour la route et sur le bâteau. Une très jolie tarte aux carottes et aux tomates, et une autre à la rhubarbe et à l'orange. Le voisin avait eu un peu pitié de mes quelques brins de rhubarbe un peu petits et était venu faire grossir le plat dans lequel ils confisaient au four, avec leur sucre roux et leurs zestes d'orange. Au final on n'a pas mangé grand chose, et même pas encore goûté la tarte à la rhubarbe. 

Depuis on a mangé des toasts avec de la banane (et des graines de lin, outre manche ou pas ça ça ne change pas), bu des verres de différentes couleurs, et même une Ginger beer qui rend caduque mon sempiternel non je n'aime pas la bière désolée. Je parle et j'entends mes fautes, mon accent bancal, et oh tant pis, même si ça me vexe un peu. C'est à la fois exotique et bien connu, moi qui n'ai  -soi disant- pas de mémoire, c'est bien là tout ces étés et ces Noëls ici. Les enfants font leurs mignons et sont très heureux d'avoir quatre sourires autour d'eux. Nous qui sommes si collés-serrés, les voir marcher un pas devant nous, d'autres mains aimées dans la leur... ah les framboises sauvages qu'on picore sur le chemin sont encore plus sucrées.