Les repas doudous s'enchaînent pour eux, les toasts au fromage, les oeufs brouillés au jambon. Le matin on est souvent trois à manger des weetabix, pendant que Pépin me raconte la journée de la veille et ce qui se passera ce jour là. Odilon entame une chanson et je le suis, forcément. Il nous dit encore, comme pour le savourer à l'infini, qu'on est en vacances, qu'on est venu en bateau, que même la voiture est montée sur le bateau. C'est vrai ça, on a de la chance de vivre ça oh oui mon chat! Chaque jour apporte son lot d'étoiles de moi-tout-seul, et même des coups de main au petit frère pour les bottes ou le manteau. J'imagine que c'est comme ça qu'un jour on les embrasse avant qu'ils filent pour d'autres aventures hors de la tanière. Moi qui trouve que cette pensée brûle un peu, si ça se fait comme ça, en ébahissant les yeux de fierté, ce sera bien.  Comme n'importe quelle autre minute avec eux. 

Une nuit je vois le jour se lever, enfin c'est un peu moins pire ici car ça n'empêche pas qu'il reste quelques heures de sommeil, tout au nord que nous sommes. J'entends cinq respirations différentes et pourtant aucune ne me berce. Je pense presque aller me faire une place dans la chambre des enfants, mais je me dis que non ils ne sont pas mes doudous. Les heures semblent longues, et pourtant hop je finis toujours sur l'autre rivage, celui d'une nouvelle journée. Les deux verres d'eau qui la commencent, comme on m'a dit qu'il fallait, en tartinant ou en mélangeant ce que deux oisillons encore chaud me demandent. Je n'ose pas trop mettre la radio, mon petit sac à dos plein de peur de déranger, et les gouttes de pluie en couvriraient peut-être bien le son de toute façon... Bottes, capuches, ça tombe bien c'est l'uniforme qu'ils préfèrent. 

Je m'entends dire que j'ai quand même hâte d'être "à la ville", et on se dit que les sabots sont déjà bien accrochés! L'après est un peu dans nos bouches, sous la marquise devant la maison. Pas l'après tout près qui n'existe pas encore, tout suspendus que nous sommes à ces jours qui ont le goût du coin du feu, non l'après dont on choisit encore la couleur de la laine. On évoque des détails par ci par là, comme pour s'essayer à les mettre en sons, mais la flèche qui guide tout ça c'est bien choisir, ne pas subir, et le règne de l'intuition. L'école qu'on remplacera pas des doses de vraie vie, les liens avec nos ailleurs. Nos vases communicants, mes mots qui lui donnent peut-être envie de toquer à sa coque d'escargot, sa confiance qui me fait déplisser le front. Et d'un coup deux prénoms de garçon, en A et en L, qui closent le rêve dans lequel ça m'angoissait de n'en avoir aucun en tête. (Pas de bébé en vrai, mais ces histoires de couleur de laine, vous savez). Si le jour et la nuit peuvent se répondre ainsi, ça me va. Je laisserai peut-être l'aube faire son travail dans son coin comme ça. 

3 commentaires:

  1. Que ces paysages sont beaux!

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  2. pas de bébé en vrai mais rêvé semble t-il...c'est toujours si doux par ici, peut-être qu'un jour, on se connaîtra suffisamment pour que tu m'en livres la recette :-)

    lolabelle

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com